Pour tordre le cou aux accusations d’anthropomorphisme régulièrement proférées pour défendre l’indéfendable, j’invite quiconque souhaite continuer à s’informer, à lire cet article et ses sources, afin d’élargir ses horizons et de prendre un peu de hauteur dans un univers canin qui apprécie trop souvent de niveler par le bas pour décomplexer le besoin de contrôler le chien.
Une structure commune chez tous les mammifères
Le cerveau du chien comme celui de l’humain est composé des mêmes grandes parties :
- – Tronc cérébral : fonctions vitales (respiration, rythme cardiaque, réflexes…).
- – Cervelet : coordination motrice, équilibre, précision des mouvements.
LE SYSTÈME LIMBIQUE
= émotions, mémoire, motivation, attachement, affection, empathie, représentation interne des états émotionnels des autres, ce qui constitue une capacité cognitive sophistiquée.
Sont présents : Hippocampe (mémoire), amygdale (émotions), hypothalamus (régulation physiologique) et d’autres régions interconnectées sont présentes chez les deux espèces et ont des fonctions similaires : traitements des émotions, formation de souvenirs (bons ou mauvais), réponses au stress, etc.
Des recherches IRM montrent une activité cérébrale limbique comparable à celle des humains quand il s’agit d’émotions complexes comme l’anxiété, avec des réseaux similaires impliquant à la fois l’amygdale et l’hypocampe.
Cf. Chien et humain : nos cerveaux ne sont pas très différents face à l’anxiété, Pourquoi docteur, Sophie Raffin, mars 2023.
LE CORTEX CÉRÉBRAL
= perception, représentation, analyse, apprentissage, prise de décision…
Sur ce plan, le cerveau du chien est homologue à celui de l’humain. Une étude comparant l’expression génétique dans différentes régions du cerveau montre que la plupart des différences régionales entre cortex et cervelet chez le chien sont similaires à celles observées chez l’humain. Ce qui suggère une architecture de base commune chez les deux espèces.
Cf. Comparison of regional gene expression differences in the brains of the domestic dog and human, Erin Kennerly, Nov. 2004.
Cf. Decoding the canine mind, Gregory Berns, April 2020.
LE CERVEAU REPTILIEN
= un concept obsolète en neurosciences modernes.
L’ancien modèle d’un cerveau formé d’une superposition de zones n’est plus soutenu scientifiquement. Les structures cérébrales sont toutes interconnectées pour collaborer entre elles. Elles ne se substituent pas les une aux autres. Ce qu’on appelait « cerveau reptilien » correspond en réalité à des structures plus anciennes comme le tronc cérébral impliquées dans les fonctions vitales (respiration, rythme cardiaque, réflexes vitaux). Ainsi, il n’existe pas « un cerveau reptilien » distinct dans le cerveau du chien ou de l’humain, mais plutôt des structures anciennes du tronc cérébral qui remplissent des fonctions vitales de base, présentes chez absolument toutes les espèces.
Des différences entre les deux cerveaux
LE CORTEX PRÉFRONTAL
- Chez l’humain : extrêmement développé.
→ planification complexe, raisonnement abstrait, langage, contrôle inhibiteur. - Chez le chien : toutes les mêmes structures corticales sont présentes mais le cortex est plus petit.
→ cognition plus concrète, centrée sur l’action et le contexte immédiat, capacité de perception, apprentissage, traitement sensoriel et analyse. Certains réseaux cérébraux comme les zones impliquées dans la reconnaissance sociale sont fonctionnellement analogues à celles des humains. Le chien ne raisonne pas comme un humain, mais cela ne signifie pas qu’il ne pense pas ou n’analyse pas.
Cf. Functionally analogous body – and animacy – responsive areas are present in the dog and human occipital-temporal lobe, 27 June 2023.
LES ZONES SENSORIELLES
Des études utilisant L’IRM fonctionnelle montrent que des zones cérébrales chez le chien répondent aux mêmes sons vocaux et aux tonalités émotionnelles, ce qui reflète une activité cérébrale fonctionnellement analogue à certaines régions humaines impliquées dans l’analyse des voix.
Cf. Comme les humains, les chiens distinguent mots et intonations, Europe1, Christophe Bordet et vous, 15 février 2025.
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- ++ Olfaction : surdéveloppée chez le chien. Les chiens ont une énorme spécialisation olfactive comparée aux humains, avec un bulbe olfactif proportionnellement beaucoup plus grand et des récepteurs olfactifs beaucoup plus nombreux : un fait bien documenté dans des études anatomiques.
- – zone cérébrale jusqu’à 40 fois plus développée chez le chien.
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- – zone cérébrale minuscule chez l’humain.
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- ++ Vision : Qualitativement moins bonne chez le chien mais quantitativement meilleure à celle de l’humain. La vision du chien est moins précise mais il a une meilleure détection du mouvement. Il voit plus, mais moins bien en somme.
- Une étude publiée dans Communications Biology montre que des zones cérébrales du lobe occipito-temporal sont fonctionnellement similaires chez l’homme et le chien pour la perception d’objets comme les corps ou les visages, même si l’organisation précise diffère.
Cf. Functionally analogous body – and animacy – responsive areas are present in the dog and human occipital-temporal lobe, 27 June 2023.
- ++ Audition : Plages de fréquences bien plus larges chez le chien.
TAILLE ET NOMBRE DE NEURONES
- Cerveau humain : ~86 milliards de neurones
- Cerveau du chien : ~530 millions de neurones corticaux
Mais attention, l’intelligence ne dépend pas uniquement du nombre de neurones mais de l’organisation et de l’adaptation à l’environnement. C’est pourquoi les professionnels compétents et formés savent à quel point la gestion environnementale est primordiale pour le développement cognitif et émotionnel du chien. Intelligence émotionnelle et intelligence adaptative sont liées.
ÉMOTION ET COGNITION SOCIALE
Le chien possède un système limbique très fonctionnel. Il ressent (émotions complexes, sentiments, empathie). Il est très performant en lecture des signaux humains (regard, posture, intonation).
Enfin des travaux en neuroanatomie montrent que la forme, la taille et certaines régions du cerveau varient significativement entre races, probablement en lien avec la sélection humaine pour le travail à des tâches spécifiques.
Cf. Significant neuroanatomical variations among domestic dog breeds, Erin E. Hecht, 2019.
CONCLUSION
Le cerveau du chien n’est ni un cerveau humain miniature, ni un cerveau « primitif ». C’est un cerveau de mammifère social, optimisé pour percevoir, analyser, concevoir, choisir, interagir, coopérer, survivre… aux côtés d’autres êtres vivants — entre autres les humains.
- HOMOLOGIE STRUCTURELLE : chien et humain partagent les mêmes grandes structures cérébrales.
- DIFFÉRENCES QUANTITATIVES : cortex humain plus développé pour des fonctions cognitives supérieures.
- CERVEAU ÉMOTIONNEL OU SYSTÈME LIMBIQUE COMPARABLE : Les mécanismes qui sous-tendent émotions et mémoire sont semblables. Les chiens ressentent des émotions affectives très similaires à celles des humains.
- CERVEAU REPTILIEN : Aucun fondement anatomique ou fonctionnel clair en neurosciences modernes.