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Le petit chien

On le dit plus proche de l’humain que n’importe quel autre type de chien. On le recommande aux personnes âgées isolées pour rompre la solitude. On conseille aux femmes qui peinent à enfanter d’en adopter un pour soulager l’attente. On l’offre aux enfants à Noël ou pour leur anniversaire. Il n’aurait pas besoin d’être éduqué. Pour beaucoup d’entre nous, c’est un chien que l’intelligence précède. Il est la cible commerciale rêvée des fabricants de manteaux, joujoux, chaussons, ornements, shampoings et autres parfums en tous genres. Il est une manne financière indiscutable pour les toilletteurs. Dans la famille des animaux ignorés dans leur éthologie, je vous présente le « petit chien ». 

N’y a t-il que des idées reçues ?

Du Yorkshire au Boston terrier en passant par le Westie, le Schnauzer nain, le Griffon, le Caniche, le Teckel ou le Jack Russel ces chiens ont la réputation d’être très intelligents. L’intelligence est génétique. Elle est le fruit de lignées sélectionnées par l’homme pour le travail. Le sont-ils réellement ? Cela dépend des lignées. Et si certaines lignées le sont indiscutablement, c’est parce qu’à la base, l’activité et le travail ont forgé la vivacité d’esprit de ces chiens, développé leurs capacités de réactions et d’anticipation, multiplié les connexions neuronales dans leur cerveau. Le travail développe le chien, c’est indéniable. La vie de peluche, assez peu. L’activité et le travail forgent donc l’intelligence. Mais elles construisent aussi le caractère, la rusticité et la résistance physique. 

Alors, oui, le petit chien est souvent intelligent, mais non, il n’est pas vraiment fait pour être offert à nos enfants ou pour passer ses journées dans nos salons, pas plus qu’il n’affectionne particulièrement d’être coiffé pour les concours. En fait, toutes les races connues aujourd’hui ont été aux origines sélectionnées par l’homme pour le travail en plein air. Ainsi, la plupart des chiens classés par la FCI dans le groupe 9 sous l’appellation « chiens de compagnie et d’agrément » sont ancestralement des chiens de chasse et de travail, à l’image de tous les Épagneuls qui s’y trouvent. 

Et si ces chiens sont parfois très proches de l’humain, c’est parce que la génétique varie selon les lignées. Certains éleveurs veillent en effet à ne reproduire que des individus ayant vécu en famille, à l’intérieur des maisons, près des enfants des hommes. Pour la plupart, ce sont des chiens qui ne travaillent ni ne cogitent et dont l’unique mission sera de « tenir compagnie ». Malheureusement pour eux, même là, l’homme a tendance à se montrer contradictoire. Ces chiens ne tiendront finalement compagnie à personne dans la mesure où les humains s’absentent beaucoup. Alors, ils n’auront rien d’autre à faire de leurs journées que d’attendre ou d’observer l’activité humaine qui se déroule sous leurs yeux. Ils apprennent sur nous, notre langue, nos modes de communication, nos habitudes, etc. Ils sont proches de nous (en tous cas géographiquement). Ils nous comprennent mieux que nous les comprenons. Mais y a t-il une véritable rencontre pour autant ? 

Un grand chien dans un petit corps 

Combien d’intelligences ignorées vivent recluses, inactives, dans nos maisons ? 

Combien de compétences restent inexploitées à vie ? 

Combien tombent vite en sénescence ou en sénilité ? 

Combien deviennent agressifs ou dépressifs ? 

Par exemple, pour ce qui est du York ou du Westie, beaucoup ignorent qu’il s’agit en fait de chiens de « terrier ». Et l’adjectif « terrier » résume à lui seul tout un drame. Combien de personnes enragent des trous creusés dans les jolis parterres de fleurs ? Combien se plaignent que leur chien se roule avec délectation dans les excréments qu’il trouve (la plupart du temps quand il vient juste d’être toiletté) ? Combien d’enfants sont mordus par leur « petit chien » censé accepter leurs embrassades intempestives ? Combien d’entre eux se retrouvent au final abandonnés par des familles dépassées par ce « petit chien » qui se révèle aussi (voire plus) tonique et volontaire qu’un grand ? 

C’est une erreur de croire que le « petit chien » n’a pas besoin d’éducation. Comme si sa taille en faisait un être plus facilement contrôlable, il n’y aurait pas besoin de l’éduquer ? Mais j’ai connu des York, des Bouledogues, des Caniches plus récalcitrants que certains grands chiens de bergers. L’éducation du chien s’impose pour toutes les races et elle est de la responsabilité de tous les humains. 

Le chien, quelle que soit sa race, son groupe ou sa section est une espèce qui a besoin d’activité, de liberté et de plein air. Je ne parle pas de passer nos journées à les entraîner au marathon au point de les transformer en hyperactifs. Mais il n’existe pas de race de chien qui se satisfasse de ne rien faire du tout. Peut-être un jour, les éleveurs sélectionneront sur l’absence de velléité, de motivation, sur la capacité à rester couché dans le panier à longueur de journée. Faut-il vraiment en arriver là? Un chien peut se satisfaire du repos et de l’inactivité à condition que son besoin de bouger ait été correctement assouvi avant. Combien de familles s’irritent des aboiements du Jack Russel ou du Teckel ? Elles ignorent que leurs vocalisations ont été sélectionnées par l’homme pour le prévenir de l’emplacement des proies sous la terre. Combien de retraités abandonnent leur « petit chien » trop agité sans savoir que sa particularité est d’être bien souvent plus réactif que le grand ? Le « petit chien » reste un canidé et bien souvent, c’est un grand chien dans un petit corps. Il n’est pas un faire-valoir, encore moins un jouet. 

Pour terminer, je me souviens de ce Yorkshire à la personnalité proactive, un chien futé et vif, plein d’énergie et de demandes de missions. C’était un animal très fier, un chien sociable avec ses congénères comme avec les humains, très à cheval sur le respect de son consentement. Son humaine m’appelle car leur chien adoré a mordu la voisine au visage. Cette femme, au mépris de la demande de la mère de famille de laisser tranquille son chien qui n’aime pas être caressé par les inconnus, l’a soulevé de terre pour lui dire bonjour, en face à face. Le York lui a attrapé la joue et a aussitôt été projeté au sol. La victime de la morsure gardera une cicatrice à vie et ne recommencera pas. Le chien aura deux côtes fêlées. Cette affaire a le mérite de nous faire comprendre à quelles extrémités le « petit chien » est parfois réduit à cause de l’irrespect de certains « grands humains ». Agirait-on de la sorte avec un Malinois ou un Cane Corso ? Ne nous permettons jamais de telles familiarités avec les petits chiens que nous ne connaissons pas. 

(Extrait du livre « Le chien, cet animal qui nous échappe »).

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(mensuelle)

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