Plus de 400 millions de chiens vivent sur Terre. 80% vit à l’état sauvage et consacre toute son énergie à rechercher sa nourriture. C’est l’occupation principale, celle qui les maintient en forme, en équilibre émotionnel, en intelligence et en vie. Par « chien », j’entends « canin ». Donc sont compris dans ce terme les chacals, les dingos, les coyotes, les parias, les errants… Le chien domestique (votre chien) naît avec exactement les mêmes besoins. Oui, son éthologie est la même que celle des canins dont vous le pensez pourtant si éloigné. Pour la plupart des humains, le chien domestique n’est qu’un animal de compagnie, dit « de famille ». Cette vision réductrice de son existence, faite de caresses et de nourriture abondantes sans qu’il n’ait rien à accomplir pour les obtenir, est la source d’un grand ennui et de nombreux troubles du comportement. L’humain confond avec ses propres aspirations et besoins. En vérité, le chien espère tout le contraire. Le travail compliqué, l’énergie, le temps et l’intelligence (la mission) qu’il y a déployés et enfin la récompense issue du mérite (la paye) sont des facteurs équilibrants dont il est dommageable de priver votre chien.

QU’EST-CE QU’UN TRAVAIL FATIGUANT ?

Je précise que par « travail fatiguant » je n’entends ni « exploitation » ni « compétition ». Toute activité offerte au chien doit être accomplie dans le respect de son éthologie et de ses compétences personnelles. Bien sûr il y a des chiens compétiteurs. Mais être compétiteur pour un chien ne signifie pas « obtenir une coupe » ou « décrocher un prix ». Pour qu’il soit bénéfique, le travail donné au chien doit être synonyme de jeu, de bien-être, de mission au sens canin du terme.

Le travail est une mission…

Les notions de mérite et de satisfaction sont fondamentales pour le chien. Les chiens les plus épanouis, les plus équilibrés, les plus costauds mentalement et physiquement sont des chiens qui travaillent, n’en déplaisent à tous ceux qui pensent que le chien de salon mène une vie de roi. Rappelons qu’à l’état de nature, le chien vit seul ou en groupes fluctuants (et non en meute comme on l’entend fréquemment). Il élabore des stratégies sociales pour se rapprocher des congénères doués à la chasse et pouvoir peut-être profiter de la capture. Il doit parfois se battre et/ou la voler (aux chiens mais aussi aux humains). Bref, il doit mériter sa pitance et c’est une activité jouissive pour lui. Pour savoir si l’exercice que vous proposez à votre chien est bénéfique, demandez-vous toujours quelle est la mission à accomplir.

Le travail est énergivore…

– L’activité locomotrice

Évidemment, le chien ne se fatigue pas comme nous. Il trotte allègrement à 15 km/h quand nous nous traînons de 3,5 à 5 km/h. Comprenez-vous maintenant pourquoi il lui est si pénible de marcher près de vous en laisse? En ne faisant que marcher, vous ne commencerez à fatiguer votre chien qu’à partir d’une quarantaine de kilomètres par jour. C’est impossible et c’est surtout sans intérêt pour lui. La marche en laisse ne le fatigue pas. Elle le stresse, elle le frustre. C’est pourquoi elle doit rester exceptionnelle (une course rapide en ville, la satisfaction du besoin d’élimination…). Le chien se fatigue réellement en galopant très vite sur de courtes distances. C’est par exemple le sprint déclenché par un jeu continue de lancer au loin et de rapport aux pieds d’une balle rebondissante. Il sera également détendu d’avoir couru en tractant des chariots (avec les enfants dedans) ou son humain d’attachement (cani-cross) ou sur de très longues distances (marathon). Plus le terrain est escarpé, pentu et difficile (trail) plus le chien exulte. La nage est l’une des activités les plus énergivores pour le chien (d’où l’intérêt de lui apprendre très vite à apprécier l’eau). Dans ces dernières activités, vous solliciterez sa force et développerez son endurance.

– L’activité alimentaire

Bannissez la gamelle et la croyance si ancrée qu’un chien doit manger tous les jours la même chose, au même endroit et à heures fixes… Quel ennui. Où est la mission que nous recherchons ? L’activité alimentaire se doit d’être mêlée d’activités cognitive et masticatoire. La mission sera difficile pour permettre au chien de s’occuper et de dépenser du temps, de l’intelligence et de l’énergie. À l’état sauvage, si l’on cumule tout ce que le canin doit accomplir pour finalement se nourrir, les recherches des éthologues ont mis en évidence que l’activité alimentaire lui prend en moyenne 6 heures par jour. La plupart des chiens dévorant leur gamelle en moins de 2 minutes, je vous laisse imaginer l’ampleur de la non satisfaction ! Usez et abusez donc des distributeurs de croquettes, de la nourriture à la volée, de la viande congelée et encore emballée, des os crus charnus cachés dans des boîtes à ouvrir, de la nourriture cachée et à retrouver en pistant, des appâts à obtenir d’un clicker, de la nourriture suspendue dehors, des croquettes mélangées à des pierres dans un bac profond…

– L’activité de prédation (la poursuite)

Elle est non seulement presqu’orgasmique pour votre chien (surtout s’il n’a aucune activité dans sa vie) mais en plus, elle est exténuante. Combien de personnes se plaignent que leur chien prédate les vélos, les joggers, les enfants qui courent… C’est un besoin génétique dont il a manifestement besoin. Pourquoi ne pas vous en servir pour le fatiguer et encadrer cette activité de manière acceptable pour vous et saine pour lui ? Apprenez-lui à fixer, poursuivre et capturer un Frisbee, ce qui vous permettra de le détourner des autres « proies ». Entraînez-le à revenir avec de vrais moutons dans un club prévu à cet effet. Vous pouvez aussi lui offrir la liberté en forêt et lui permettre de traquer. Une fois la transe de chasse terminée et la proie perdue, le chien éduqué revient au rappel.

L’activité cognitive

De toutes les missions que vous donnerez à votre chien, c’est la plus épuisante (et de loin). L’apprentissage au clicker-training est excellent car il combine les activités mentale et physique. En tout état de cause, il faut cesser l’activité dès que celle-ci semble ennuyer le chien (qui n’est ni un esclave, ni un robot). Vous pouvez également avoir recours aux plateaux d’intelligence, à l’apprentissage par imitation, à l’apprentissage des discriminations (gauche-droite, dessus-dessous, tout prêt-passe, sauter-pas sauter, dedans-devant…). L’exercice demandé peut être un service rendu au coach (dans la complicité et le respect du chien). Le chien rend service et se dépense, le coach est servi et paye. L’esprit est toujours gagnant-gagnant.

QU’EST-CE QU’UNE RÉCOMPENSE?

C’est une paye.

Contrairement à ce qui est dit, lancer la balle et jouer avec son chien 10 minutes dans le jardin n’est pas un exercice mais une récompense. Si vous jouez avec votre chien de cette façon pour lui donner un semblant d’activité, s’il est nourri en gamelle, s’il est promené en laisse (même 10 fois par jour), il faut se rendre à l’évidence : sa vie n’est pas très motivante (mal payée) et les troubles comportementaux de compensation le guettent. Le chien a besoin qu’on lui offre une activité structurée quotidienne qui débouche sur une récompense payante. La récompense est donc une phase d’un jeu qu’il adore ou une friandise exceptionnelle ou tout simplement ce que votre chien attend à l’instant T. Il aime courir ? Courrez pour le détourner ! Il faut toujours se demander ce qui le motive dans le contexte où il se trouve pour pouvoir le comprendre. Par exemple, je saute pour que tu m’ouvres la porte car je veux sortir (et donc vous lui apprenez à s’asseoir pour que la porte s’ouvre enfin=paye; je m’excite car tu mets tes baskets pour aller courir (et donc vous lui apprenez à se contrôler pour que les baskets soient mises=paye ; j’aboie pour que tu m’ouvres le coffre de la voiture et que l’on parte (et donc vous lui apprenez à se taire pour que le coffre s’ouvre enfin=paye… etc). Dans tous ces exemple, si vous récompensez avec une croquette, vous êtes à côté de la récompense payante. Si le comportement qu’il adopte paye (il obtient ce qu’il veut), vous avez gagné et lui aussi.

C’est une paye à la hauteur.

Croyez-moi, le chien ne sait pas compter mais il sait très bien que « deux » c’est plus que « un » et il sait aussi que les anchois fumés sont meilleurs que ses croquettes. La qualité et la quantité, le chien les comprend parfaitement et en éducation cela s’avère très utile. Plus le travail demandé est compliqué et exige de la concentration, plus la récompense sera payante. Attention la difficulté n’est la même pour tous les chiens. Demander à un Akita de se coucher devant vous sera plus compliqué que de le demander à un Shi-tsu (encore que j’ai rencontré des Shi-tsu très exigeants!). Il faut séduire et enseigner dans le gagnant-gagnant. Plus le comportement à rediriger est jouissif pour le chien, plus il faudra se montrer à la hauteur dans la redirection. Comment espérer modifier le comportement très ancré d’un chien sans rien lui proposer de passionnant en retour ? Évidemment, je m’adresse ici aux adeptes des méthodes douces et positives. Ceux qui conçoivent de faire usage de la contrainte, de la peur ou de la douleur pour obliger un chien à faire ou à ne pas faire quelque chose seront en désaccord avec moi ici. Le chien est un animal opportuniste (comme tous les animaux humains ou non). Il est mu par la satisfaction de ses besoins et intérêts. C’est un être intelligent. Ne lui faites pas l’injure de lui demander de vous attendre à longueur de journée sans rien avoir à faire de constructif. Si vous pensez que votre chien développe des troubles liés à l’inactivité et à l’ennui, n’attendez pas pour réagir. Je vous donnerai des solutions pour le rediriger, réorienter ses comportements et encadrer ses besoins sans pour autant annihiler son éthologie. Un besoin s’encadre et se redirige. Il ne s’annihile pas. Le chien a viscéralement besoin de l’homme pour rendre sa vie intéressante. Il a besoin d’un coach, d’un guide, d’un entraîneur… C’est l’homme qui l’a voulu ainsi dans sa sélection. Assumons-le ou n’adoptons pas de chien.

Audrey VENTURA
Comportementaliste-thérapeute
Éducatrice canin
06 81 06 55 99
Valenciennes

Leave a Reply