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J’envie le chien des autres, je suis un être humain

Je suis en séance avec ma cliente et son chien agressif envers ses congénères, en constante progression depuis le début de l’accompagnement. De loin, j’observe que nous nous apprêtons à croiser un homme et son golden retriever qui marche sagement devant lui, sans nous accorder la moindre importance. Je demande à ma cliente d’anticiper le croisement et d’élargir sur la droite à une dizaine de mètres de ce chien dont le désintérêt place son chien dans la réussite. Notre chien réactif lui, décide de rester en pistage (ce qui ne veut pas dire qu’il occulte la présence du golden). Durant ce temps passé dans le sol, un regard furtif vers le golden et… malgré la tension dans le corps, il choisit de ne pas sur-réagir.

Une situation bien gérée.
Une réussite supplémentaire dans le cheminement vers l’apaisement.
Bref, une affaire qui roule.

Ma cliente lâche alors : « Quelle chance il a d’avoir un chien aussi sage ». Une fois ravalé le sentiment d’injustice envers son chien qui progresse, vous la comprenez. Et même, avouons-le, nous avons tous à un moment ou à un autre de nos cheminements personnels, envié le « chien des autres ».

Un chien croisé le temps de quelques secondes… Un chien dont nous ne connaissons pas le parcours.

Relativisons un peu…

  • Peut-être que ce « chien aussi sage » est en pleine convalescence. Il n’est pas au mieux de sa forme. Peut-être qu’il sort d’une anesthésie générale ou qu’il est simplement sous l’effet d’un traitement qui le rend un peu « patraque ». Il fait une petite promenade de santé autorisée par le vétérinaire pour se dégourdir les pattes et puis ensuite, il rentre. Mais le reste du temps, c’est Speedy Gonzales.
  • Peut-être que ce « chien aussi sage » est un diable à la maison. C’est un chien qui détruit tout dès qu’il est laissé seul. Le Monsieur « chanceux » que vous venez de croiser mène son propre combat, très différent du vôtre. Ce n’est pas un combat plus facile, pas plus difficile non plus, c’est juste le sien. Son chien qui détruit tout vit mal de le voir quitter le foyer. En balade, il ne s’éloigne pas.
  • Peut-être que ce « chien aussi sage » commence à se faire vieux. Il est fatigué. Il est un peu blasé des petits jeunots comme votre chien. Les énergumènes dans son genre il en a déjà éprouvés plein. Ça ne l’intéresse plus. Mais ce chien n’a pas toujours été aussi tranquille. Son humain vous dira que dans sa jeunesse, il vous aurait acculé, en bon gros golden pour lequel l’acquisition de l’écoute et du suivi n’a pas été une mince affaire.
  • Peut-être aussi que vous voyez ce « chien aussi sage » après deux heures de randonnée où il s’est défoulé, il a nagé, il s’est ébroué… Là, tel que vous le croisez, il est « rincé ». Il va rentrer pour faire un gros dodo. Il en sortira frais comme un gardon, fin prêt pour de nouvelles aventures.
  • Il est possible que vous voyez cet homme tellement « chanceux » au terme de plus de deux ans de rééducation suivie. Si vous lui dites qu’il a de la chance, il vous répondra en souriant que la chance se provoque, qu’il l’a bien méritée et qu’il n’y a pas de magie sur cette Terre.
  • Peut-être que ce « chien aussi sage » est un grand timide de ses congénères et que son salut à lui, c’est le salut du vôtre : la distance. Ce chien reste loin de votre chien parce qu’en vrai, c’est comme ça qu’il a appris à gérer sereinement ses croisements. Il ne veut pas venir vers nous car votre chien l’intimide beaucoup. Il n’est pas forcément plus sociable ou plus facile que le vôtre. Il a d’autres obstacles personnels à surmonter.
  • On peut imaginer aussi que ce chien « aussi sage » est en fait un grand malade mental le reste du temps, et que la vie a voulu que vous le croisiez durant les 30 secondes du mois où il est resté stoïque. Sûrement d’ailleurs que l’homme « chanceux » qui l’accompagne n’en revient pas lui-même, et qu’il va immédiatement se rendre dans l’église la plus proche pour y allumer un cierge.
  • Poussons le bouchon jusqu’à imaginer que cet homme s’est dit la même chose de votre chien, quand il l’a vu renifler le sol et se détourner du sien. Peut-être alors que c’est votre chien qui a aidé le sien à rester tranquille…
  • Peut-être enfin que ce « chien aussi sage » est véritablement un ange envoyé par les fées pour honorer la race canine entière. Il fait tout comme il faut. Il est absolument « parfait ». C’est un chien élevé sans heurt et qui n’a jamais fait l’ombre d’une bêtise. Oui, il paraît que ça arrive une fois tous les mille ans, à la pleine Lune. Ce jeune homme est donc véritablement un « chanceux ».

Mais rappelez-vous une chose : Vous l’êtes aussi. Bientôt, vous serez une personne qui a su aider son chien agressif en douceur et surtout, de manière pérenne. Vous aurez tout gagné, et votre chien aussi. Vous aurez toute la vie devant vous pour en profiter et comprendre que le chien des autres, c’est le vôtre.

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(mensuelle)

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