Dans tous les domaines suscitant les passions, il est des débats houleux, des sujets délicats à aborder car ils provoquent des élans de protestation où personne n’écoute plus les arguments de personne. La stérilisation du chien en est un.
Quiconque lit mes articles, publiés sur la page Facebook Cynoconsult, sait que je ne suis pas favorable à la stérilisation du chien. Je précise que tout en n’y étant pas favorable, il ne m’appartient pas de juger de la décision d’autrui de stériliser. Ce qui m’importe, c’est que chacun puisse faire son choix de manière éclairée. La désinformation sur le sujet est en effet très grande, à la hauteur de l’émotion qu’il suscite. Ayant été journaliste pendant 15 ans, j’ai appris à vérifier mes sources. Je n’écris pas une ligne qui n’ait été vérifiée, je n’avance pas d’argument qui n’ait été corroboré par un faisceau de preuves, de chiffres, d’études, de recherches, de points de vue de vétérinaires, d’éthologues, de confrères et consoeurs d’expérience, etc.
Le but de cet article n’est pas de convaincre de quoi que ce soit mais de transmettre des informations solides sur le sujet de la stérilisation du chien. Ce sont des arguments qui permettront de discuter de manière constructive sur un sujet qui malheureusement n’est souvent défendu que par des « on-dit » ou des « on m’a dit que ». L’article permettra aussi comprendre pourquoi certaines personnes sont fermement opposées à la stérilisation. En cela, et pour donner des clefs aux deux parties, le livre du Dr. Dehasse, « La stérilisation du chien, pour ou contre… » est incontournable en ce qu’il compile un nombre impressionnant d’études scientifiques réalisées partout dans le monde sur des milliers de chiens. À mon sens, il n’est possible de débattre sérieusement d’un sujet qu’après s’être renseigné sur le fond de ce sujet. Sinon, comment faire évoluer le débat ?
Dans les discussions pour la stérilisation, quatre grands arguments sont avancés.
- L’argument comportemental
- L’argument médical
- L’argument sociétal
- L’argument éthique
Je précise que j’écris ici sur la stérilisation par ablation des gonades ou gonadectomie (suppression des ovaires et testicules) souvent réalisée de manière quasi-systématique sur des chiens non matures. C’est une pratique devenue banale dans notre pays. Elle se veut préventive ou curative de certaines maladies ou comportements gênants.
L’ARGUMENT COMPORTEMENTAL
À lui seul, c’est un argument qui justifie aujourd’hui la gonadectomie quasi-systématique des mâles que l’on rendrait plus docile en les privant de leurs testicules. L’éducabilité d’un chien castré n’a jamais été prouvée à ce jour. Aucune étude ne le prouve. Par contre, une étude scientifique existe. Elle a été réalisée par James A. Serpell, professeur à l’université de Pennsylvanie en 2015 sur 1563 chiens. Elle démontre (entre autres) que des mâles récalcitrants que l’on a castrés ne se révèlent pas plus facile à éduquer après l’opération. Et comme le précise le Dr. Valérie Dramart, dans un article pour la Dépêche vétérinaire de 2008, « la stérilisation du chien ne doit pas être perçue comme une panacée, le remède à tous les troubles du comportement ». Selon la vétérinaire comportementaliste, de nombreux troubles ne répondent pas ou peu à la stérilisation. Ainsi, elle dresse clairement une liste où elle informe que si la gonadectomie peut être indiquée pour les agressions territoriales, le marquage urinaire et l’hypersexualité, elle reste inefficace pour toutes les autres agressivités, pour l’hyperactivité, la destruction, l’anxiété, la prédation, les dermatites de léchage, l’hyperattachement, la malpropreté.
Mais là où il y a de quoi être effaré, c’est que les recherches des dix dernières années tendent à démontrer que les comportements problématiques que l’on voulait voir disparaître avec la gonadectomie, empirent avec elle. L’une des études les plus significatives est celle mise en exergue dans le livre du Dr. Dehasse, une étude de Duffy et Serpell (2006) sur plus de 3000 chiens. Les chercheurs mettent en évidence les avantages et les inconvénients de la gonadectomie. Si la gonadectomie peut réduire les comportements de chevauchement et l’hypersexualité, elle peut aussi engendrer une aggravation de tous les comportements ou rendre le mâle castré attractif sexuellement pour les mâles entiers. Il est quasiment impossible de prévoir les effets de l’opération. Par contre, il est banal pour un éducateur, dans ses cours ou ses promenades, d’entendre ses clients déplorer que leur chien castré soit régulièrement sailli par les mâles entiers, ce qui provoque souvent des agressions déclenchées par le chien sailli. Ces chiens gonadectomisés développent des oestrogènes (hormones femelles) en surnombre et quasiment plus de testostérone (hormones mâles). Ils attirent et excitent donc les mâles entiers.
Concernant les autres agressivités (sociale, autodéfense, territoriale, compétitive envers les humains ou les congénères) et selon les résultats des études correspondantes, les mâles castrés développent ou aggravent leurs comportements agressifs de 1,3 à 1,2 fois selon l’âge de l’opération en comparaison aux mâles entiers. Pourquoi ? Cette grande irritabilité des mâles castrés serait due à l’effondrement de leur testostérone, une hormone androgène synthétisée par les testicules, qu’ils n’ont plus.
Pour les mâles et les femelles, la gonadectomie est donc loin de n’avoir que des effets satisfaisants. Sur le terrain de l’hypersexualité, contre laquelle les vétérinaires recourent à la castration pure et simple, on oublie trop vite la puissance du conditionnement opérant et du renforcement positif. Un chien (mâle ou femelle) hypersexuel qui présente des comportements de masturbation compulsive depuis des mois pourra être opéré et garder les mêmes habitudes. En effet, le renforcement a eu le temps d’opérer. Le chien sait ce que ce comportement lui procure. Il s’en souvient. Et la gonadectomie n’efface pas encore la mémoire.
Pour synthétiser le fruit des dernières recherches compilées par le Dr. Dehasse, disons que la plupart des études démontrent que l’activité, l’excitabilité, la réactivité des mâles et des femelles stérilisés augmente, surtout chez les femelles ovariectomisées avant leur 10 mois. Un autre vétérinaire comportementaliste bien connu, le Dr. Thierry Bedossa, candidat à la présidence de la SPA en 2019, a déclaré en 2018 pour le magazine Le Point Sciences « À titre personnel, je ne suis pas favorable à la stérilisation de mes chiens car cette opération à des conséquences sur le développement et la personnalité de l’animal. Par ailleurs, les dernières découvertes scientifiques indiquent que cette opération affaiblirait le système immunitaire ». La transition avec l’argument médical est toute faite.
L’ARGUMENT MÉDICAL
La recherche moderne démontre clairement que l’ablation des gonades du chien ou de la chienne n’est pas anodine pour leur santé. C’est une opération de « routine » pour n’importe quel vétérinaire mais elle est lourde de conséquences pour le chien. Le bon conseil donné la plupart du temps par les vétérinaires qui se penchent sérieusement sur la question de la gonadectomie est de prendre le temps de bien peser dans la balance le bénéfice attendu de l’opération et tous les risques encourus par le chien. Aujourd’hui, les études sérieuses sont à la portée de tous. Elles sont publiées sur le web par leurs auteurs, disponibles gratuitement, commentées et parfois décryptées dans des articles scientifiques fiables, mentionnées dans des mémoires de recherches, etc. Il est vrai qu’elles sont rarement mises en avant. Mais elles sont là.
Le retrait des testicules du mâle va lui éviter le cancer des testicules, c’est une lapalissade, tout comme l’ablation des ovaires évitera à la chienne les tumeurs ovariennes. Ce sont les deux principales raisons médicales qui sont avancées par les vétérinaires pour expliquer la stérilisation systématique et précoce du chien (généralement vers 8 mois). Mais quelles sont les conséquences d’une telle intervention sur leur métabolisme ? Un chien qui n’a plus ses gonades ne produit presque plus d’hormones sexuelles. Or, le Dr. Dodds prévient que les hormones sexuelles synthétisent et activent la sécrétion de la thyroxine (hormone thyroïdienne T4). Il y a donc une interaction directe entre les hormones sexuelles et les hormones thyroïdiennes. Si les premières diminuent, les secondes également et c’est l’hypothyroïdie qui se déclare insidieusement. On sait aujourd’hui que l’hypothyroïdie est responsable de 63% des troubles comportementaux du chien. Le Dr. Jean Dodds, avec son livre « The Canine Thyroid Epidemic : Answers You Need for Your Dog (2011, Dog Wise), s’est imposée comme l’experte en hypothyroïdie canine à l’échelle mondiale. Elle affirme, d’après une étude menée en 1994 sur 66 chiens sur une période de 5 ans que « la stérilisation est le facteur de risque d’hypothyroïdie le plus significatif chez le chien ».
Dans son livre, le Dr. Dehasse pose cette question assez étonnante, il faut le dire, tant la réponse qu’elle induit peut sembler évidente : « Y a t-il des bases scientifiques réelles qui permettent d’affirmer que l’ovariectomie élimine le risque de cancer mammaire? » Pour y répondre, il nomme toutes les recherches qui justifient aujourd’hui encore que l’on affirme cette vérité : l’ovariectomie protège la chienne du cancer mammaire. Toutes les recherches ? Non. En vérité, la seule étude systématiquement citée depuis des décennies en faveur de l’ovariectomie est celle de M. Schneider qui date de… 1969. Elle porte sur une seule chienne ovariectomisée avant son premier oestrus, sur trois chiennes ovariectomisées entre le premier et le second oestrus et sur 20 chiennes ayant eu plus de deux oestrus, soit un nombre très faible et inégal de femelles. En réalité, les fondements de cette pratique médicale très ancrée restent plutôt légers.
En 2012, M. Beauvais, dans son article « The effects of neutering on the risk of mammary tumours in dogs » paru dans « The Journal of small animal practices », publie les résultats de la synthèse de 11 149 articles scientifiques existants sur le sujet. Il en ressort que l’affirmation que la gonadectomie réduirait le risque de tumeur mammaire et que l’âge de la gonadectomie aurait un effet protecteur est hasardeuse et qu’elle ne permet en aucun cas de recommander la gonadectomie. En effet aucune des milliers d’études ne mentionne le temps d’exposition aux ovaires pour établir un éventuel lien avec le risque de tumeur mammaire. Aujourd’hui encore pourtant, il continue d’être affirmé que plus la chienne est ovariectomisée tôt, plus elle est protégée. Mais aucune étude scientifique ne le prouve.
Concernant l’impact que la gonadectomie peut avoir sur le chien, le Dr. Karen Becker (Holistic Care) déclare dans des vidéos publiées sur son site et sur YouTube que, plus l’animal est stérilisé précocement, plus les risques d’incidence sur sa santé sont lourds à tous les niveaux. Elle pointe du doigt une croissance anormale des os, la rupture des ligaments croisés, le cancer des os, les effets indésirables aux vaccins. Le Dr. David Randall se joint à elle pour alarmer les patients sur le lien étroit existant entre gonadectomie et dysplasie de la hanche, surtout pour les races prédisposées.
En février 2013, des chercheurs de l’UC Davis ont réalisé une étude sur 759 Golden Retrievers suivis pour dysplasie de la hanche, déchirure du ligament croisé crânien, lymphosarcome, hémangiosarcome et tumeur des mastocytes Les chiens ont été regroupés en deux catégories : entiers et gonadectomisés avant 12 mois ou après 12 mois. L’étude démontre que le taux de maladie est significativement plus élevés chez les mâles et les femelles castrés avant et après 12 mois d’âge. La stérilisation précoce a été associé à une incidence accrue de la dysplasie de la hanche, de la déchirure du ligament croisé crânien et de lymphosarcomes chez les mâles et de déchirures du ligament croisé crânien chez les femelles. La gonadectomie à 12 mois a révélé un risque accru de tumeurs des mastocytes et angiosarcomes chez les femelles. Les résultats montrent un risque doublé de dysplasie de la hanche chez les mâles castrés avant 12 mois et un risque élevé d’hémangiosarcome chez les chiens castrés après 12 mois. L’étude précise bien qu’il n’existait aucun cas de rupture du ligament croisé crânien diagnostiqué chez les mâles et femelles entiers mais que chez les mâles et les femelles gonadectomisés précocement.
De manière synthétique, il est révélé dans des études publiques réalisées sur des milliers de chiens que les individus gonadectomisés, mâles ou femelles, ont un métabolisme plus bas, ont plus faim que les autres chiens et ont tendance à l’obésité (cause de nombreuses maladies lourdes dont les maladies ostéo-articulaires). Elle réduit bien le risque d’hyperplasie (bénigne) de la prostate mais elle augmente le risque de cancer (malin) de la prostate !
Laura J. Sanborn, M.S. écrit un article publié dans Dogs Naturally Magazine dans lequel elle liste les risques et bénéfices sur la santé de l’ablation des gonades. Elle affirme que la castration élimine le risque (probablement < 1%) de cancer des testicules, réduit le risque de troubles non-cancéreux de la prostate et diminue le risque de fistules périanales. Mais elle relève que si elle est réalisée avant l’âge d’un an, l’ovariectomie accroît gravement le risque d’ostéosarcome, multiplie par 1,6 le risque de tumeurs cardiaques, triple le risque d’hypothyroïdie, augmente le risque de sénilité précoce, triple le risque d’obésité, multiplie par 4 le risque de cancer de la prostate qui est < 0,6% chez les mâles entiers, double le risque de cancer des voies urinaires qui est < 1% chez les mâles entiers, augmente le risque de troubles orthopédiques.
Pour les femelles, dépendamment de l’âge et de la race, l’ovariectomie avant l’âge de 2,5 ans réduit le risque de pyomètre qui affecte environ 23% des chiennes intactes, sachant que seulement 1% d’entre elles y laissent la vie. Elle réduit le risque de fistules périanales et supprime le risque de tumeurs de l’utérus, du col utérin et des ovaires (qui est, précisons-le, < ou = à 0,5% chez les chiennes intactes). Par contre, l’ovariectomie avant l’âge d’1 an, augmente significativement le risque d’ostéosarcome, multiplie par 2,2 le risque d’angiosarcome de la rate et par plus de 5 le risque d’angiosarcome cardiaque. Elle triple le risque d’hypothyroïdie, elle multiplie par 1,6 à 2 le risque d’obésité ainsi que les nombreux problèmes de santé qui lui sont associés, elle provoque une incontinence urinaire dans 4 à 20% des cas, multiplie par 3 à 4 le risque d’infections des voies urinaires, augmente le risque de problèmes au niveau de la vulve, de dermite vaginale et de vaginite, en particulier chez les chiennes stérilisées avant la puberté. Elle double le risque de tumeurs des voies urinaires qui est < 1% chez les chiennes intactes, elle augmente le risque de troubles orthopédiques.
Les effets dévastateurs sur les voies urinaires dénoncés dans cet article sont corroborés par des études de 2004 de Victor Spain sur 1842 chiens et de Chika Okafor en 2013. Le risque de cystite (infection urinaire) est 2,7 fois plus élevé chez les chiennes ovariectomisées, tout comme le risque de calculs rénaux que l’on voit de 2,3 fois à 3,5 fois plus élevé chez les mâles castrés et 3,4 fois plus élevé chez les femelles ovariectomisées. Enfin, les études alertent sur le risque incroyablement accru d’incontinence qui est de 0 à 1% chez les sujets intactes et qui passe de 5 à 20% après l’opération.
En conclusion, sur le plan médical, les études modernes montrent que si l’on fait la balance entre les résultats recherchés dans la gonadectomie et les risques encourus par le chien après l’opération, on constate scientifiquement une diminution du risque des maladies bénignes (qui causent rarement la mort du chien) et une augmentation accrue du risque de maladie graves, voire fatales (ostéosarcome, hémangiosarcome, lymphome, tumeurs cutanées, carcinome de la vessie, etc).
L’ARGUMENT SOCIÉTAL
Rendre la stérilisation du chien obligatoire pour les particuliers diminuerait le nombre d’abandons. C’est l’argument avancé par certaines associations, refuges ou personnes qui se disent favorable à la stérilisation systématique des chiens. Moins d’individus, moins d’abandons. C’est ce raisonnement qui justifierait que l’on veuille imposer la stérilisation aux particuliers.
Je suis bénévole depuis des années dans une grande SPA et un service public de fourrière. Je connais la dure réalité à laquelle doivent faire face ces lieux de recueil des chiens abandonnés en grand nombre. Ces endroits sont gérés par des humains qui prennent tous les jours en pleine figure l’irresponsabilité des autres. Mais ce que je constate aussi, c’est que ce n’est pas parce qu’une personne a acheté son chien dans un élevage professionnel qu’elle ne l’abandonnera pas et ce n’est pas parce qu’une autre personne a adopté gratuitement son chien auprès d’un particulier qu’elle l’abandonnera. Le problème est bien plus complexe. La vraie question est celle de la conscience morale, pas celle du prix que l’on paye ou de la provenance du chien.
Dans les pays scandinaves où la stérilisation n’est pas pratiquée ou carrément interdite, il n’existe aucun problème de surpopulation canine car les humains sont éduqués. La stérilisation imposée ne peut, à mon sens, résoudre le problème de l’abandon. C’est un leurre. Le nombre d’abandons n’est pas en lien avec le nombre de chiens. Si l’on recense, à titre d’exemple, 100 abandons pour 1000 individus, il est peu probable que ce chiffre soit réduit à 10 avec 100 individus, ou à 50 avec 500. Si les humains qui abandonnent restent les mêmes, le nombre d’abandons ne variera jamais. Le problème est celui de l’éducation, de la responsabilité, de l’habitude prise dans nos sociétés de se débarrasser sans scrupule d’un être vivant devenu encombrant. La stérilisation ne résoudra pas cette triste réalité comme elle ne résoudra pas non plus celle de la maltraitance.
Le 18 juin 2019, l’AFP publie notre record européen de l’abandon. Chaque année, sur 100 000 animaux abandonnés, 60 000 le sont durant l’été. En quoi la stérilisation va t-elle corriger cette habitude ? Pour pouvoir commencer à affirmer que la stérilisation serait la solution aux problèmes d’abandons, il faudrait pouvoir apporter les chiffres exacts de la provenance de tous les chiens qui arrivent dans les refuges. Ces chiens ont-ils été produits (ou surproduits) par des éleveurs dont on sait que tout professionnels qu’ils sont, ils ne se révèlent pas toujours scrupuleux ? Ont-ils été vendus dans des animaleries qui alimentent le trafic ? Ont-ils été évacués dans des foires ? Des salons du chiot ? Sont-ils des chiots nés chez des particuliers déclarés ou non déclarés ? Tant que l’on n’aura pas ces chiffres déterminants, il est injustifié de vouloir imposer la stérilisation aux particuliers et erroné d’affirmer de manière péremptoire que les abandons ne sont liés qu’aux portées produites par eux.
Quand aux éleveurs en faveur de la stérilisation (ils ne le sont pas tous), il me semble risqué (pour eux-mêmes) de défendre l’idée que réduire les naissances limitera les abandons. Ils se tirent une balle dans le pied. En effet, nombre de refuges militent en faveur de l’adoption des chiens abandonnés plutôt que de l’achat de chiens d’élevage, soit disant pour limiter le nombre de naissances. Des campagnes auxquelles je n’adhère personnellement pas du tout en ce qu’elles n’ont aucun sens à mes yeux. Chacun est libre d’adopter en refuge ou d’acheter en élevage en fonction de ce qu’il recherche. Par ailleurs, certaines associations pointent les éleveurs du doigt : un éleveur sérieux produit très peu. On n’en finira donc jamais ? Il ne s’agit pas d’empêcher, d’imposer, de rendre responsable telle partie de la profession mais de comprendre ce que ce sont les campagnes de responsabilisation, l’éducation de l’humain à la psychologie canine, peut-être l’obligation de détenir un permis suite à une formation ou l’idée émise par certains d’une taxe reversée aux refuges, qui à terme feront changer les esprits en les élevant.
Pour finir sur cet argument sociétal, là où nous sommes tous d’accord, c’est que 100% des chiens qui sont abandonnés en refuge ou déposés sur la voie publique appartiennent à des humains irresponsables qu’il faut sensibiliser. Un client me disait un jour, « pour limiter la surpopulation dans les centres d’accueil pour enfants, va t-on aussi stériliser les humains? ». Le parallèle semble aberrant mais il permet de comprendre que le lien établi entre les abandons et le nombre d’individus est un raccourci rapide et facile. En stérilisant systématiquement, ce n’est pas le nombre d’abandons que l’on diminue mais le nombre d’individus. Et moins de chiens ne signifie certainement pas moins d’abandons si les mentalités humaines ne changent pas.
L’ARGUMENT ÉTHIQUE
C’est sans doute l’argument le moins entendu, le moins compris, le moins respecté et pourtant, c’est le plus essentiel. L’éthique, c’est la conscience morale. La conscience morale pourrait définir les limites que l’on s’impose à soi-même en ce qu’elles respectent nos croyances et nos principes, quels qu’ils soient. L’éthique personnelle, c’est ce qui interdit à la plupart des humains d’abandonner leur chien. C’est ce qui fait que cette « solution » n’en sera jamais une. C’est aussi ce qui les empêchera naturellement de le stériliser. C’est ce qui les amènera à accepter sa nature animale, femelle ou mâle, à l’éduquer, à prendre au sérieux ses problèmes comportementaux s’il en a et à le soigner jusqu’au bout, sans jamais envisager l’euthanasie de convenance, juste parce qu’il vieillit.
En Europe du nord, la stérilisation du chien est vue comme terriblement saugrenue. Elle est d’ailleurs interdite en Suède et très rarement pratiquée dans les autres pays scandinaves. En Europe du Sud, on stérilisera presque systématiquement les femelles, sans trop de problème éthique. Par contre, les mâles gardent assez souvent leurs testicules. Dans la plupart des familles possédant plusieurs chiens en France, on stérilisera en priorité les femelles mais les mâles seront souvent laissés intacts.
Certaines personnes, de tous milieux, de tous horizons, professionnels ou pas, vous expliqueront (si vous prenez le temps de les écouter) que stériliser un animal c’est selon elles, exercer sur lui un pouvoir déplacé. C’est lui faire endosser l’irresponsabilité de toute la société humaine. Or, le chien n’a rien demandé. Il n’est pas responsable des abandons et au lieu de se responsabiliser, la société des hommes a trouvé une solution facile : elle castre les chiens à tour de bras.
Le chien est un être sentient, sensible, émotif, conscient de son corps et qui a des aspirations profondes. L’amputer de ses testicules, lui retirer ses ovaires, c’est oublier son corps, ses organes qui lui appartiennent. Alors les personnes qui refusent de stériliser leur chien ont souvent cet argument éthique qu’elles osent rarement exprimer par peur d’être moquées. Pourtant, qu’elles se rassurent, c’est bien cette éthique qui changera tout : la vision de l’homme sur le chien, la société, les abandons. La Fondation 30 Millions d’Amis l’a bien compris au regard de ses magnifiques campagnes où elle ne s’adresse à rien d’autre qu’à l’éthique personnelle de chaque être humain. « Quand un chien abandonne son maître, ce n’est pas pour partir en vacances ». « Je n’ai pas besoin de 30 millions d’amis, mais d’un seul. » « Attention, être sensible », etc. Dans ses slogans, la fondation s’adresse toujours à notre éthique. Elle n’use jamais de la menace. Elle ne nous impose rien. Elle nous fait réfléchir. Ces campagnes sont pacifiques. Et si nous voulons qu’un jour tous les humains fassent preuve de bienveillance envers le chien, commençons à faire preuve de bienveillance envers leurs humains.
Sur le sujet…
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- Castration et comportement chez le chien
- Faut-il stériliser son chien ?
- Long-Term Health Risks and Benefits Associated with Spay/Neuter in Dogs
- Neutering and Hip Dysplasia
- « La stérilisation du chien : Pour ou contre… », format Kindle, janvier 2017 – Joël Dehasse
- Dr. Becker: The Truth About Spaying and Neutering
(Extrait du livre « Le chien, cet animal qui nous échappe »)