« Quand mon chiot saura-t-il faire ceci ou cela ? »
« Quand avancera-t-on sur ceci ou cela? »
« Quand mon chiot cessera-t-il faire ceci ou cela? »
Etc.
Pendant ce temps…
Le chiot prend des initiatives intéressantes, fait de belles propositions, voudrait pouvoir s’adapter dans l’environnement à sa manière… Mais son humain s’intéresse à autre chose. Il voudrait que son chiot obéisse à sa façon (mais contre des friandises car il paraît qu’obtenir l’obéissance contre des récompenses, c’est positif).
Pendant ce temps…
Le chiot devient un jeune chien qui se lasse peu à peu…
- de ce qu’on lui demande de faire, trop tôt, trop souvent, trop vite.
- d’être mis en échec par des demandes qui n’ont pas de rapport avec le contexte qu’il expérimente.
- de cet humain et de ces environnements qu’il ressent de moins en moins positivement, même avec des friandises.
Pendant ce temps…
Le coach en gestion environnementale parle d’intelligence émotionnelle, d’intelligence adaptative, d’autorégulation… Il sait que c’est la voie à suivre avant toute autre, si l’on souhaite élever un chien au sens propre du terme. Mais les demandes d’avancer plus vite, de régler de manière simpliste des problèmes complexes, d’apporter des réponses de résultat à des questions de moyen se poursuivent.
Le gardien oublie que son chien est une boule d’émotions qu’il aurait dû apprendre à accueillir avec le temps et l’accompagnement, pas un ordinateur qu’on programme avec des « je ne veux plus que ça se reproduise » ou des « il faut me trouver une solution ».
- « Quand il saute et que je lui dis stop, pas bouger, il ne n’obéit pas et aboie sur moi », à propos d’un jeune chien qui assaille les invités car on lui en donne l’habitude depuis qu’il est chiot.
- « Quand il aboie sur moi pour rentrer dans la maison et que je lui dis stop, il ne m’obéit pas » à propos d’un jeune chien qui rentre fatigué et trop stimulé par sa balade trop longue qu’il n’est pas prêt à gérer en liberté totale.
- « Quand il tire pour aller voir un autre chien et que je dis tu laisses, il n’écoute pas » à propos d’un chien à qui l’on impose depuis toujours des croisements rapprochés avec des chiens inconnus.
- Etc.
L’humain est impatient et reste dans le contrôle de tout.
Mais il voudrait que son chien soit patient et plein de maîtrise en tout.
Mais le chien vit chaque jour des émotions aversives dans des contextes aversifs avec lesquels il est en train de se construire sans que son gardien en ait conscience, ce gardien dont les attentes de résultat empêchent le chien de développer sa capacité à s’adapter.
Alors, dans le prolongement du chien, le professionnel se lasse parfois de ce gardien venu le trouver pour « éduquer son chien en positif » mais qui, dans les faits, veut juste un chien « qui fait ou ne fait pas contre des friandises », un chien robotisé aux ordres. En tant que militante pour une éducation développante de la sphère cognitive du chien, la méthode qui consiste à ne prendre le chien que par le biais de son comportement et à devoir tout lui commander en échange de récompenses me semble réductrice de son intelligence. Vouloir obtenir l’obéissance d’un chien contre des appâts et construire toute une relation de cette façon ne sera jamais une philosophie respectueuse. À une époque où tout peut être instrumentalisé, même l’éducation positive a été récupérée par ceux qui ne conçoivent de relation avec leur chien que dans une dynamique contrôlante.
À méditer…