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Un typologie des agressions

Pour pouvoir comprendre pourquoi un chien en agresse un autre ou pourquoi un chien agresse un humain, il faut pouvoir analyser ce que l’on observe sans aucune interprétation, et s’enquérir objectivement des contextes qui précèdent et suivent le comportement d’agression. 

  • La séquence comportementale est-elle complète et normale ? 
  • Les postures et les signaux émotionnels exprimés par le chien ont-ils été compris ? 
  • L’environnement est-il adapté ? 

Seule une étude comportementale sérieuse autorise à déterminer à quel type d’agression nous avons à faire, et comment gérer et/ou rééduquer le comportement. Parfois, il n’y a rien à rééduquer chez le chien. C’est à l’humain de modifier ses conduites totalement inadaptées et/ou son environnement. Il est en effet assez rare qu’un chien passe à l’agression sans aucune raison. 

Ici, nous vous proposons une typologie des agressions répertoriées en étude, accompagnée d’une explication succincte et de conseils pour les éviter, ou pour apaiser la situation. Mais en cas d’agression, n’oubliez jamais que le recours à un professionnel du comportement canin formé, expérimenté, et bien au fait avec l’éthologie s’impose. 

LES AGRESSIONS LIÉES AUX APPRENTISSAGES PRÉCOCES ET/OU À LA MÈRE
Agression de jeu

Un chien équilibré a acquis la posture fondamentale d’immobilité, le concept de changement de rôle dans les courses-poursuites et la morsure inhibée. L’agression de jeu est donc exprimée par le chien social et sociable qui éprouve du plaisir dans la bagarre et les jeux de combat codifiés. Le problème c’est qu’il contrôle mal la pression de sa mâchoire. 

  • Si un chien fait mal en jouant et s’il est encore jeune, ses congénères équilibrés lui communiqueront très vite leurs limites et il apprendra à se contrôler avec eux. 
  • Travailler les autocontrôles avec un coach individuel est indispensable. Le chien pourra par exemple apprendre qu’utiliser ses dents sur la peau humaine stoppe toute interaction, toute activité. Souvent, les progrès dans les rapports avec l’humain apporteront des améliorations dans le rapports aux congénères, et inversement. 
  • Passé un certain âge, si le chien mord quand il joue avec d’autres chiens – ce qui est une source de conflit ouvert – mieux vaut le museler pour lui apprendre à faire autrement. 
Agression de dyssocialisation

Elle est exprimée en raison de l’absence de la posture fondamentale d’immobilité dans les interactions intraspécifiques. Le chien est incapable d’exprimer l’immobilité, de la reconnaître, de la comprendre chez ses congénères. La communication est alors impossible car ce chien ne respecte aucune phase d’arrêt. Qui dit absence de phase d’arrêt dit aussi absence de posture pacifique. La séquence comportementale est anormale (car sans fin) et les interactions s’apparentent alors rapidement à une agression pour les autres chiens qui demandent une pause sans jamais l’obtenir. Le sentiment de harcèlement est grand pour eux. Le chien risque de passer à l’agression quand la demande répétée d’arrêt finie par être exprimée avec fermeté par le congénère. Il est en effet courant que la tolérance à la frustration du refus ou de l’arrêt soit très basse chez le chien dyssocialisé.   

  • Si le chien est encore jeune, la rencontre en liberté avec des chiens adultes équilibrés est souhaitable jusqu’à l’apparition par apprentissage et mimétisme de cette posture essentielle. 
  • Si le chien est déjà adulte, la muselière sera parfois nécessaire pour protéger les autres chiens de la morsure. Les chiens seront toujours en liberté. 

Les chiens intervenants devront être relayés régulièrement car le chien « dys » ne s’arrête jamais. Il est épuisant physiquement et mentalement.  

Leur gabarit sera bien étudié car le chien « dys » a besoin de rencontrer des individus capables de le gérer physiquement. 

Les chiens seront choisis sur leurs compétences de communication mais jamais sur leur capacité à se montrer plus agressif que le chien qui instrumentalise l’agression en cas de frustration. Certains chiens choisissent de régler les conflits par l’immobilité parfaite, le regard, le dribble, la posture d’imposition précédée d’un saut qui permet au chien de se replacer face à son assaillant. Cet exemple de gestion permet d’imposer du calme, du cadre, et peu à peu, du stop. 

Agression maternelle

Elle se veut disciplinaire et éducative (pour la mère). Elle est exprimée en self-défense ou en sevrage par une mère stressée ou fatiguée envers ses chiots. Ici la question de la gestion de la mère et de sa portée se pose sérieusement. Cette agression est fondamentale (dans le sens où malheureusement elle fera partie des fondements comportementaux des chiots). 

Agression maternelle d’autodéfense

Elle est exprimée en défense de la portée par une chienne allaitante ou en pseudocyèse (grossesse hormonale) pour défendre ses chiots ou les objets qu’elle assimile à des chiots. L’agression est d’origine hormonale et liée à l’ocytocine (hormone de l’attachement) mais la question du respect de la chienne et de ses petits est clairement posée quand la chienne est réellement allaitante. 

  • Une médication hormonale doit être envisagée en cas de pseudocyèse auprès d’un vétérinaire. 
  • Une augmentation drastique du sentiment de sécurisation de la mère allaitante est recommandée. 
Infanticide et cannibalisme puerpéral

C’est un comportement répandu dans le règne animal  (ours, chat, chien, requin, rongeurs, etc.), et qui place souvent les animaux à l’état de nature en mode survie. Le comportement désigne la mise à mort d’un ou des chiots par leur propre mère, et parfois leur ingestion par elle et/ou par le reste de la fratrie. Il peut être passif ou actif. 

  • Il est passif quand la mère est victime d’un manque de soin, de stress intense lié à ses conditions de gestation, au manque d’espace ou pire, à la faim, etc. Ce mauvais stress la pousse à tuer certains chiots ou tous ses chiots et/ou à les ingérer elle-même ou à permettre aux plus vaillants de sa portée de se nourrir au détriment des plus faibles. 
  • Le cannibalisme puerpéral est actif quand, sans problème de conditions de vie, la mère ingère un ou plusieurs chiots. Dans ce cas, l’explication peut être la malformation du chiot ou un accident lors de la rupture du cordon ou une forte prédation ou un énorme stress émotionnel lié à la détresse de se retrouver avec des petits (la mère sera alors souvent primipare). La cause peut parfois être simplement génétique. 

Ici : 

  • La compétence de l’éleveur est à pointer du doigt quand le cannibalisme est passif.
  • Le choix des femelles devrait toujours se porter sur des personnalités stables émotionnellement avant tout autre critère de beauté. 
  • Le respect de la chienne allaitante et sa qualité de vie doivent être optimisés. 
  • La sélection génétique doit être drastique et écarter évidemment les femelles issues de lignées où le comportement s’est déjà exprimé. 
LES AGRESSIONS COMPÉTITIVES ET DE PROTECTION DE LA RESSOURCE
Agression de protection des ressources

Le chien est en compétition ponctuelle pour une ressource avec laquelle il entretient un lien fort, un bien auquel il tient beaucoup et qu’il a peur de perdre (par exemple, un congénère ami, un aliment, son jouet préféré, un partenaire sexuel, un ancrage territorial confortable, un privilège, une odeur, etc.). L’agression peut être dirigée vers un autre chien ou à l’encontre d’un humain. Sauf cas de compétition sexuelle pour un partenaire, cette agression sera souvent contrôlée lorsqu’elle elle est exprimée dans un même groupe social. Ce n’est pas une raison pour ne pas repenser sérieusement son propre comportement ou l’organisation du système-chiens. En effet les chiens ne se contrôleront pas indéfiniment. Gardons à l’esprit qu’un chien a toujours besoin d’être sécurisé dans ses conditions de vie. 

Attention maintenant, si les chiens d’un même foyer peuvent se contrôler pour ne pas en découdre totalement entre eux (hors chaleurs), ce n’est pas le cas avec des chiens étrangers au groupe social. Ici, la compétition peut s’avérer dangereuse. 

Il est donc recommandé de : 

  • Séparer drastiquement les mâles entiers pendant l’oestrus de la femelle, ou replacer momentanément la femelle chez une personne de confiance. 
  • Augmenter la sécurisation de chaque chien afin qu’il ne ressente pas le besoin de protéger sa ressource. Cela signifie qu’il faut éviter de mettre le chien en situation de menace, et donc de protection de la ressource. 
  • Réorganiser la distribution des ressources en séparant les chiens dans des espaces solitaires lors des repas et du repos. 
  • Enseigner aux enfants que le chien doit manger tranquillement, sans personne autour de lui. 
  • Multiplier les ressources qui sont souvent très insuffisantes en présence de plusieurs chiens. L’humain sous-estime beaucoup le besoin d’espace du chien. Ne jamais oublier que l’espace solitaire est une ressource importante, un grand privilège pour certains. 
  • Penser à la différence fondamentale entre « égalité » et « équité ». L’équité est à promouvoir, mais le chien n’a que faire de l’égalité. Un chien qui préfère un tapis de léchage à un cou de dinde, pourra se satisfaire d’un seul tapis, alors que vous donnez trois cous de dinde à votre autre chien. 
  • Être dans l’échange et le renforcement positif plutôt que dans l’acte de « reprendre sur ordre ». Le rapport de force doit absolument être évitée avec l’humain. Le chien doit toujours nous voir comme une source d’enrichissement et non d’appauvrissement. 
  • Lire l’article consacré à la rééducation de la protection de la ressource alimentaire dans « Le chien, cet animal qui nous échappe » d’Audrey Ventura. 
Agression de protection de troupeau 

Cette agression est volontairement distinguée de la précédente car elle est propre à un type de chiens sélectionnés depuis des siècles pour la protection des troupeaux contre les prédateurs et les intrus en général. Elle est bien connue des randonneurs de montagne qui ont déjà fait l’objet d’une agression de distancement proactive exprimée par un chien de montagne des Pyrénées ou un berger d’Anatolie. Ces chiens sont élevés et éduqués pour surveiller le troupeau, le suivre et le protéger en l’absence du berger. Ces chiens d’une grande autonomie sont équilibrés. Leur intention n’est pas d’attaquer les humains mais bien de le dissuader de se diriger vers leur troupeau. 

Comment agir ? 

  • Si la présence de chiens de protection est annoncée, faites demi-tour. 
  • Si vous êtes accompagné d’un chien, rattachez-le et faites demi-tour. 
  • Si vous êtes surpris par un chien de protection qui aboie au loin, montrez-lui que vous avez bien compris sa demande de distance en faisant demi-tour sans courir. Plus vous vous éloignerez calmement, plus vous apaiserez le chien. 
  • Si le chien est déjà prêt de vous, ne bougez plus et gardez les bras le long de votre corps. Si vous êtes avec un chien, sachez sa laisse et éloignez-vous. Si vous êtes à vélo, descendez et placez-le devant vous. Laissez le chien vous renifler, parlez-lui gentiment afin qu’il ne vous identifie pas comme une menace. Une fois la vérification faite, rappelez votre chien, repartez calmement, sans courir, sans remonter sur votre vélo. Parfois, le chien de protection marchera quelques mètres avec vous. Il vous raccompagne.  

Rappelons que posséder un ou des chiens de protection de troupeau est une obligation légale faite par l’Etat aux éleveurs s’ils veulent obtenir une indemnisation en cas d’attaque d’un loup ou d’un ours. Respecter la présence des chiens de protection c’est respecter le travail des éleveurs.  

Agression intra-sexuelle entre chiennes en oestrus. 

C’est une agression bien connue des personnes vivant avec plusieurs chiennes car souvent les cycles s’harmonisent et les oestrus se déclarent en même temps. Des agressions graves peuvent alors être subitement exprimées. Mieux vaut travailler en prévention et les séparer drastiquement durant leur cycle. Quand les agressions deviennent conditionnées, il est très difficile de revenir en arrière. 

Les solutions seront alors surtout des adaptations humaines : 

  • Replacement momentané de l’une des femelles durant son cycle ou définitif, en cas d’agression déjà conditionnée.  
  • Désensibilisation progressive et contre-conditionnement opérant mais il faudra que les chiennes ne se voient plus du tout entre les séances jusqu’à l’observation d’un apaisement réel. 
  • Discuter de la pertinence des anti-hormonaux avec un vétérinaire comportementaliste. 
  • L’hystérectomie reput-être envisagée si aucune saillie n’est envisagée. La chienne conserve ses ovaires et leur fonctionnement hormonal nécessaire à sa qualité de vie, mais elle n’a plus de pertes. 
Agression pour un partenaire social sexué humain. 

C’est l’exemple de la chienne qui agresse l’épouse en présence de l’époux, mais n’agresse pas l’épouse quand l’époux est absent. Le problème est ici dans la relation que la chienne entretient avec l’époux. Elle sera souvent toxique et basée sur la crainte de perdre sa ressource humaine, sur la jalousie ressentie, et le sentiment de menace permanent. La chienne se poste toujours entre Monsieur et Madame, tente de s’interposer quand Monsieur est affectueux avec Madame. La situation doit être prise au sérieux car elle a souvent abouti à des agressions graves. Malheureusement, elle prête trop souvent à sourire. On va même aller jusqu’à provoquer la jalousie du chien. Mais lorsque la chienne est en oestrus, le comportement avec Monsieur empire et devient parfois invivable. Souvent, c’est à ce moment que Madame est agressée. La relation toxique inverse chien-épouse est évidemment possible et bien connue. 

Comme agir ? 

Tout doit être fait pour que la personne perçue comme une menace devienne elle aussi une ressource à laquelle le chien tient beaucoup. Il faut rééquilibre les relations. La situation est souvent sensible à l’étude car elle devient vite une source de disputes dans le couple. Et le comportement  du chien s’aggrave. 

Parmi les réponses à apporter : 

  • Quitter immédiatement et calmement la pièce avec la personne-menace aux premiers signaux de gêne ou menace qui varieront selon les chiens (gémissements, aboiements, grognements, relevé de babines… ), fermer la porte derrière soi puis revenir quelques secondes ensuite. Réitérer le schéma autant de fois que nécessaire. 
  • Isoler calmement et quotidiennement la chienne avec de la mastication donnée par Madame, mais veiller à ce que la chienne puisse observer le couple ensemble.   
  • Être toujours plus proche de la personne-menace que de la chienne dans le canapé, à table, dans le lit.  
  • Modifier les habitudes et demander à la personne-menace de s’occuper davantage du chien, de nourrir le chien aussi, de promener la chienne aussi… Bref, de devenir un repère pour le chien.  
  • Travailler en contre-conditionnement opérant avec la personne-menace et le chien, en présence de la personne-ressource.  
  • La personne-ressource devra veiller à laisser la place à la personne-menace dans la relation avec le chien. Il devra prendre un peu de recul car si la relation est toxique, la personne-ressource a une part de responsabilité. 
  • Si le comportement empire en période d’oestrus, le cycle doit être anticipé. La chienne pourra être replacée ailleurs durant ses chaleurs. Si le problème empire lors du cycle de Madame, la chienne sera isolée ou placée momentanément ailleurs. Lors d’une étude pour trois morsures exprimées sur Madame, ce n’est qu’en décortiquant les faits et les contextes que l’on se rend compte avec stupeur que la chienne agresse systématiquement Madame lors de ses règles. 
  • Enfin, une consultation avec un vétérinaire comportementaliste doit être envisagée afin d’exclure l’hyper-androgénie. 
AGRESSIONS DE POSSESSION, DE GARDE, ET DE PROTECTION DE TROUPEAU
Agression de possession

Dans cette typologie, l’agression de possession est distinguée de l’agression de protection de ressources car les causes sont distinctes. Ici, le problème n’est pas la compétition, ni l’appauvrissement du chien. En effet, le chien va ramasser et accumuler des objets incongrus avec lesquels il n’a absolument aucun lien. Ces objets ne lui appartiennent pas du tout (des morceaux de plastique, des bouchons, une paire de lunettes, un briquet, un portefeuille, des clefs, un chaussette, le jouet de l’enfant, un stylo, etc…). Attention le chien ne le singeresses pas. Il les ramasse et les emporte dans sa niche ou son panier. À partir de là, il va les défendre, même contre ses humains d’attachement (à qui ces objets appartiennent parfois). Lorsque l’on veut reprendre l’objet, l’agression est souvent (mais pas toujours) explosive et exprimée sans phase appétitive. 

Ici le problème est le manque cruel d’activité. Le chien s’est fixé comme mission de récolter des objets et de les défendre. Comme il s’ennuie, il se donne pour travail de ramasser et de garder tout ce qu’il trouve. Parfois ce comportement répond à l’expression du patron-moteur génétique de ramassage présents chez les chiens rapporteurs, parfois il répond au patron-moteur de défense des biens de l’humain. Souvent, c’est un chien qui sort peu, voire pas du tout, et ses patrons-moteurs génétiques ne sont pas satisfaits. Le chien va alors se renforcer à chacune de ses trouvailles. Le comportementaliste vous indiquera s’il s’agit d’un comportement adaptatif lié au stress de l’ennui, ou d’un trouble obsessionnel compulsif. Auquel cas, il faudra consulter un vétérinaire.  

Quelle est conduite à tenir ? 

  • Enrichir le quotidien en occupation autonome (mastication intense, léchage, repas longs et motivants, quête alimentaire, etc…).
  • Faire sortir le chien de chez lui régulièrement. Cette seule modification des habitudes suffit à ce que le chien diminue considérablement son comportement. 
  • Ne rien laisser traîner par terre ou sur les meubles bas. Rangez vos affaires. 😉
  • Ne jamais reprendre un objet sur lequel le chien a la tête posée ou qui se trouve dans son panier ou sous ses couvertures, en sa présence.  
  • Si votre chien grogne et que vous reculez, c’est la garantie qu’il ne vous mordra pas. Ne forcez jamais le grognement, vous seriez sévèrement mordu. 
  • Il est possible d’assouvir le patron-moteur de garde et de possession dans des jeux encadrés par l’humain où l’on apprendra au chien à prendre, à garder et à rendre de bon gré, contre un objet de plus grande valeur. 
Agression de garde territoriale

C’est un comportement bien connu exprimé parfois par le chien issu de race dites « de garde ». Il laisse rentrer l’humain chez lui sans moufter mais ne le laisse pas ressortir sans la demande d’arrêt de l’humain d’attachement. Le comportement est génétique, c’est-à-dire que personne n’a appris au chien à l’exprimer. Très souvent, les chiens de famille qui déclarent ce comportement, ne feront qu’aboyer sur l’intrus en se postant entre lui et la porte jusqu’à ce que l’humain lui demande d’arrêter. Le problème est que beaucoup de ces chiens ne travaillent plus du tout dans la sécurité, mais ont conservé ce patron-moteur. Si l’intrus tente de sortir en dépit des aboiements du chien qui lui ordonnent de reculer et de ne pas bouger, la morsure peut-être exprimée. 

Que faut-il faire ? 

  • Comprendre que ce comportement n’ayant pas été appris, il sera impossible de le faire disparaître. Il fait partie de l’ADN du chien de garde, comme la couleur de son poil. 
  • Enseigner très tôt l’arrêt immédiat du comportement sur demande. En général, cela ne posera aucun problème puisque naturellement, l’humain d’attachement va non seulement demander à son chien de se taire, mais aussi, lui intimer de retourner à sa place. De toutes façons, génétiquement, le comportement a besoin de l’arrivée de l’humain pour s’éteindre. 
  • Anticiper et gérer l’environnement afin de ne pas laisser le chien réitérer indéfiniment ce comportement peu souhaitable, et très stressant pour l’humain agressé.  
  • Éviter de laisser le chien dans la cour quand la porte cochère est ouverte et que les allers-retours des gens sont fréquents (dans une configuration d’entreprise par exemple). Ce type de chien sera parfois totalement différent à l’intérieur de la maison car le foyer le sécurise. 
  • Donner de l’activité autonome et enrichir le quotidien afin de détourner le chien de cette activité et de l’occuper autrement, pour ne pas lui donner la croyance que c’est son rôle et sa seule mission dans la vie. 
  • Si le chien ne se contrôle pas et qu’il ne s’en tient pas à donner l’alerte, il faut le museler ou simplement, ne jamais le laisser seul dehors lorsque le portail est ouvert.  
AGRESSIONS DE LA SPHÈRE HORMONALE SEXUELLE
Agression sexuelle                                                    

Il n’y a agression sexuelle que s’il y a contrainte. Il y a contrainte lorsque le chien sailli exprime sa peur par la tension de son corps et son immobilité totale ou par ses tentatives de se soustraire sans succès. Si le chien sailli reste neutre et détendu, si sa queue reste relevée alors, les deux chiens sont consentants et il n’y a pas de raison d’intervenir (même entre mâles). 

Lire l’article sur l’homosexualité chez le chien dans « Le chien, cet animal qui nous échappe ». 

Le comportement peut également être exprimé sur les humains adultes ou les enfants, souvent lorsqu’ils se baissent. 

Quelle attitude adopter ? 

  • Ne pas annihiler le besoin mais permettre au chien de le satisfaire de manière acceptable sur un coussin dédié, sa peluche ou des congénères consentants…). Il s’agit quasiment toujours de simulation. 
  • Une consultation chez un vétérinaire comportementaliste peut s’avérer nécessaire afin d’envisager une médication de régulation des androgènes. Attention la castration ne supprimera pas le comportement de harcèlement sexuel ou de masturbation s’il est installé, tout simplement en raison du pouvoir immense du renforcement positif. L’ablation des gonades n’a jamais fait perdre la mémoire du plaisir au chien hypersexuel. 
  • Ne jamais s’interposer car le risque d’agression redirigée est grand. Réorienter plutôt sur un coussin. 

Parfois ce comportement sexuel est exprimé en raison d’un contexte mal vécu, mal géré émotionnellement. Il faudra alors trouver la cause de ce stress émotionnel au moment où le chien cherche à chevaucher ses congénères ou les humains. Précisons que le comportement de décharger les tensions par le sexe est on-ne-peut-plus naturel et présent dans tout le règne animal, même entre animaux du même sexe. 

AGRESSIONS LIÉES À LA SPHÈRE NEUROLOGIQUE ET/OU PSYCHIATRIQUE
Agression dite du « Syndrome-rage » et crises épileptiques

Il s’agit d’une attaque fulgurante accompagnée d’une perte de conscience cognitive et de reconnaissance (visible à la dilatation totale de la pupille), suivie d’une amnésie totale. L’agression est intense et la morsure souvent grave. C’est un cas neurologique dont les causes peuvent être diverses (épilepsie non diagnostiquée ou lésion cérébrale), qui appelle un traitement adapté. 

Vu dans une vidéo de cas d’étude, un chien de grande taille qui s’attaque soudainement à l’autre chien de la famille (de petite taille), et le tue avec capture à la nuque et secouement de la tête. Aucune phase appétitive n’est observée dans la vidéo de surveillance. Le grand chien se lève, déambule quelques secondes, puis saute sur le petit chien qui passait à côté, le tuant sur le coup. L’agresseur reste ensuite prostré, immobile, en absence. Lorsqu’il revient à lui, il retrouve une attitude tout à fait normale et semble ne se souvenir de rien. Seule une consultation chez un vétérinaire comportementaliste sensibilisé à ce comportement a pu diagnostiquer la crise partielle d’épilepsie. 

Hyper-agression

Cette agression explosive est liée au syndrome neurologique connu d’hyperactivité-hypersensibilité non diagnostiqué chez le chien et non traité. Le chien ne se contrôle pas du tout, ni dans ses interactions chien-chien ou homme-chien, ni dans ses morsures. Il est souvent dyssocialisé et la communication intraspécifique reste impossible tant que le chien n’est pas médicalisé. La médication lui permettra d’être disponible pour l’apprentissage de nouveaux comportements. 

Ainsi, il est nécessaire que :

  • Le diagnostic vétérinaire soit sérieusement posé et la médication calmante pensée et adaptée à chaque cas, en suivi de la rééducation de terrain. 
  • Le travail sur les autocontrôles émotionnels et l’autorégulation comportementale soit engagé et poursuivi tout au long de la vie du chien avec un professionnel de l’éducation et du comportement. 
  • Les patrons-moteurs génétiques du chien soient satisfaits. 
Agressions atypiques

Ces agressions intenses et traumatisantes pour l’humain sont exprimées sans aucun précédent, sans séquence comportementale logique et en l’absence de lien objectivable avec le contexte. Les causes peuvent être psychiatriques comme l’uni ou la bipolarité. Le chien est en crise de colère fulgurante et sans contrôle. La dilatation de la pupille est totale. 

Un diagnostic vétérinaire doit être posé, et un traitement psychotrope en régulation des humeurs établi.

AGRESSIONS LIÉES À LA SPHÈRE ÉMOTIONNELLE 
Agression d’autodéfense

C’est une agression dans la peur, parfois intense, très conditionnée et contextuelle, sans signaux qui l’annoncent. La morsure est fulgurante. Le chien est en crise de peur conditionnée et imprévisible. Le comportement est bien identifié chez les individus ayant eu à porter un collier électrique. Une consultation vétérinaire est nécessaire. 

Mais l’agression répond aussi parfois à une menace visible, ou à une agression qui s’est répétée jusqu’à atteindre le seuil de non tolérance du chien, et sans qu’il puisse s’y soustraire. Avant de mordre, le chien aura communiqué son dérangement par de nombreux signaux émotionnels clairs qui auraient pu éviter la morsure (pourlèchages du museau, regards en coin, tête détournée, posture basse, tentatives d’évitement, etc.). La séquence comportementale est logique et respectée. C’est le cas typique du chien qui a peur d’un humain, mais celui-ci continue de le toucher. Le chien exprime sa peur par ses grognements, mais la gêne se poursuit. Il grogne alors plus fort et tente d’éviter, mais l’humain suit le chien. Le chien se trouve alors dans une situation où il ne peut plus éviter l’humain qui veut le caresser. Le chien le mord. Du point de vue du chien, l’humain est l’agresseur et la victime, c’est lui. L’humain aurait du cesser l’interaction dès les premiers grognements. 

Ici, 

  • Une formation de l’humain sur les signaux émotionnels du chien, ses modes de communication et ses comportements s’impose. 
  • Une meilleure gestion environnementale du chien devra être mise en place afin d’apaiser sa peur des humains. 
Agression par irritation

On retrouve particulièrement l’agression par irritation dans les troubles hormonaux comme l’hypothyroïdie, en cas d’hypersexualité ou de castration précoce créant un état généralisé de colère, logé dans l’hyper-androgénie, en cas de douleurs non respectées. Elles se conditionnent très facilement sur l’auteur de l’irritation. C’est pourquoi mieux vaut agir en prévention. 

Comment les éviter ? 

  • On évite la castration dans les deux premières années de vie car elle est une cause avérée du développement de l’irritabilité, du fait de la chute hormonale subie par le chien. Lire à ce sujet, la stérilisation pour ou contre du Dr. Joël Dehasse, chez Odile Jacob. 
  • On éduque les enfants et l’entourage au respect du corps du chien et de sa tranquillité. 
  • Tout sera fait pour ne pas surprendre le chien. Pour cela, il bénéficiera d’un ancrage positif, isolée des lieux de passage. 
  • On ne caressera jamais le chien dans sa niche ou dans son panier. On l’appellera et s’il vient, on lui présentera sa main ouverte. S’il la touche, c’est qu’il consent à l’interaction.
  • Une relation basée sur le respect mutuel permet d’éviter bien des accidents. En comprenant que le chien a droit à sa tranquillité, peut avoir mal ou simplement ne pas avoir envie qu’on le caresse, on abaisse considérablement le seuil de risque. 
  • Pour l’extérieur, un dossard « Ne me touchez pas » ou « Je n’aime pas les caresses » est souhaitable en cas d’intolérance au toucher. 
  • Un entraînement aux soins collaboratifs peut être envisagé avec un professionnel de l’éducation. 

Quoiqu’il en soit, respecter le chien, son espace personnel et son intolérance au contact sont des bases protectrices à elles-seules car ces chiens-là n’agressent pas si on les laisse en paix. 

Agression de gestion de l’espace (colère)

C’est l’agression de distancement proactive exprimée par un chien en mode « hyper » qui impose une exigence ferme et offensive de distance. Offensive, c’est-à-dire avant toute menace réelle. Le chien exprime sa colère et son intention d’agresser si le déclencheur continue d’avancer vers sa zone personnelle. Ce chien-là ne reculera pas devant le stresser car il n’en a pas peur. C’est un « hyper » dans l’action. Sa personnalité, logée dans sa génétique, l’amène à se diriger vers ce qu’il considère comme un problème pour l’affronter. Un travail sérieux et progressif sur la proxémique (c’est-à-dire la relation que le chien entretient avec la distance et l’espace) et sur le développement de son intelligence émotionnelle doit être mené avec un professionnel spécialisé dans la rééducation de l’hyper-réactivité. 

Comment gérer la situation ?

  • Le chien doit revêtir un dossard porteur d’une signalétique sans ambiguïté « N’APPROCHEZ PAS » ou « Attention chien agressif ». 
  • Il doit être muselé. 
  • La laisse courte (qui aggrave l’état du chien) doit être bannie, et la longe privilégiée.   
  • Avec l’aide d’un professionnel aguerri, apprendre au chien de nouveaux comportements relevant de l’évitement plutôt que de la confrontation comme « faire-demi tour face au stresseur », «  se reconcentrer dans l’olfaction » ou « se rediriger dans une petite activité avec l’humain ». 
  • Installer beaucoup de bien-être, de confiance dans la relation homme-chien, du plaisir là où le chien n’a jamais connu que la gêne, la colère et la méfiance. 
  • Rediriger la part émotionnelle non gérée dans une corde à noeud, offrir des activités favorisant la concentration comme le mantrailing, la détection, la nage, le léchage, et beaucoup, beaucoup de mastication).
  • Si le niveau d’hyper-agressivité est tel que le travail est impossible (très grande distance de déclenchement, chien hyper-excitable), une consultation vétérinaire s’impose afin de calmer le chien et de rendre l’apprentissage possible. 
Agression redirigée

C’est une agression furtive dans la frustration ou la colère, et le contrôle de la morsure du chien dépendra de son niveau d’excitation. Le chien qui exprime une agression redirigée réoriente l’émotion qui le submerge sur une cible externe (un humain, un chien, ou un objet) en raison d’un empêchement, d’une contrainte ou d’une incapacité personnelle. C’est par exemple le chien qui monte en excitation et aboie très fort car il veut aller vers le chien qu’il aperçoit au loin. Or il est retenu en laisse trop courte. Il est empêché. Le chien se retourner et mordre la personne qui le retient (ou parfois celle qui passe à côté de lui) car il ne peut pas rester avec une émotion aussi forte. Il s’en décharge sur le premier venu. 

Que faire ? 

  • C’est toute la gestion du chien qui doit être revue. 
  • Un travail sur les autocontrôles autour de la frustration doit être mené. Il consistera en l’acceptation progressive du renoncement. 
  • La redirection dans une corde à noeud sera conseillée dans les contextes difficiles. 
AGRESSIONS APPRISES OU SÉLECTIONNÉES PAR L’HOMME 
Agression de poursuite, typique du chien de berger ou agression de prédation

Le chien exprime un comportement génétique qui s’impose à lui, celui de contrôler, poursuivre, et capturer le mouvement. La sélection par l’homme a voulu que les chiens exprimant ces comportements soient reproduits, afin que la compétence devienne innée. Des lignées entières de chiens d’utilité ont donc été développées (comme les chiens de conduite de troupeau). Mais beaucoup de chiens de famille ont conservé cette compétence innée. C’est alors un patron-moteur très problématique pour le chien amené à croiser régulièrement des enfants qui courent, des cyclistes, et autres véhicules qui se déplacent vite, sur lesquels il voudra s’élancer ou qu’il voudra poursuivre. 

Comment agir ? 

  • Une désensibilisation progressive au mouvement peut-être envisagée, mais elle sera longue et demandera un travail régulier et sérieux dans le quotidien réel du chien. 
  • Une gestion environnementale est nécessaire afin que le chien ne réitère pas à l’infini des comportements de poursuite (exemple : occulter les extérieurs, promener dans des lieux calmes).  
  • Une satisfaction des patrons-moteurs génétiques de poursuite et/ ou de capture est absolument nécessaire sur des jeux courts de balle ou de flirt-pole avec un excellent « on-off » appris avec un éducateur. Les jeux de poursuite entre congénères bien codés sont tout indiqués. 
  • Si le niveau d’hypersensibilité au mouvement est tel qu’il est ingérable (très grande distance de déclenchement ou réactivité aux mouvements lents comme la marche) une consultation avec un vétérinaire comportementaliste sera envisagée afin de diminuer l’intensité du patron-moteur génétique et permettre au chien d’apprendre. Le vétérinaire s’assurer de l’absence d’un trouble obsessionnel compulsif. 
 Agression apprise sur l’humain

C’est une agression apprise par l’homme puis sélectionnée chez certains géniteurs afin de la retrouver de manière innée dans certaines lignées produites pour la sécurité. L’agression des humains en attaque lancée est ici une activité comme une autre pour le chien. Elle a été entraînée, renforcée, reproduite et est devenue génétique. Le problème se pose sérieusement lorsque ces chiens se retrouvent dans des familles n’ayant aucune connaissance et aucune expérience. Ces chiens ne devraient en effet se trouver que dans la police, la gendarmerie ou l’armée car il s’agit de lignées d’attaque dont les besoins de missions de défense sont gigantesques. 

Ici, 

  • Le replacement pur et simple du chien dans un milieu qui saura gérer et nourrir sa génétique s’impose. Un tel chien n’a rien à faire chez des particuliers, qui bien souvent, n’avaient aucune conscience de ce qu’ils faisaient lorsqu’ils ont souhaité posséder un tel chien. 
AGRESSION DE PRÉDATION
Agression en gang ou mobbing ou pulsion de hallali

Le ganging est une agression de prédation exprimée par un groupe social de chiens contre un individu isolé. Chaque individu du groupe possède un patron-moteur permettant à la séquence comportementale de prédation de s’exprimer totalement, du harcèlement jusqu’à la morsure pour tuer et/ou l’ingestion de la proie. La contagion émotionnelle des chiens est telle que le groupe fonctionne presque comme un seul individu. Chaque chien possède un patron-moteur nécessaire, mais pas les patrons-moteurs suffisants pour que la prédation s’exprime pleinement. C’est ainsi le système-chiens qui va permettre à la prédation de s’activer totalement dans une réaction en chaîne d’une grande dangerosité. 

Cas entendu en étude : plusieurs chiens vivent dans le même foyer et forment un groupe social stable. Un petit chien supplémentaire est recueilli, et intégré beaucoup trop vite. Le couple s’absente et le petit chien peureux (avec tous les comportements de fuite induits par cette émotion) est laissé seul avec les autres chiens qui le connaissaient à peine. À leur retour, les humains ne peuvent que constater avec horreur que le petit chien a été tué et en partie dévoré par les autres. 

Comment gérer la situation ? 

  • Une analyse systémique sérieuse doit être réalisée. 
  • Le replacement de l’un des chiens porteur du patron-moteur le plus problématique (comme le harcèlement ou la capture) est à envisager afin de créer un trou dans la séquence comportementale de chasse. 
  • Une réflexion sérieuse des particuliers non professionnels et non formés sur le nombre de chiens avec lesquels ils vivent souvent dans des espaces trop restreints s’impose. 
AGRESSIONS IDIOPATHIQUES

Elles sont exprimées sans aucune cause objectivable, dans une séquence comportementale incompréhensible. Elles sont rarissimes et sans explication. Ou peut-être l’explication est-elle bien là mais nous échappe encore. 

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(mensuelle)

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