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Les troubles du comportement sont-ils toujours la cause ?

Un chien dont les comportements semblent incompatibles avec la vie en société humaine présente-t-il nécessairement un « trouble du comportement » ? Pour beaucoup d’entre nous, cette lecture s’impose comme une évidence. Mais elle me paraît profondément injuste et réductrice.

Un chien qui détruit, qui fugue, qui aboie de manière excessive ou qui manifeste une agitation persistante n’est pas, en soi, porteur d’un dysfonctionnement. Bien souvent, ces comportements sont l’expression cohérente d’un malentendu profond entre les besoins fondamentaux de l’animal et le cadre de vie que notre société lui impose. Ce n’est pas le chien qui est inadapté : c’est l’environnement, le mode de vie, la communication avec lui — et plus largement notre monde — qui deviennent incompréhensibles.

La notion de « trouble du comportement » ne devrait être réservée qu’à des situations bien précises, notamment lorsque des causes médicales, neurologiques ou hormonales altèrent directement le fonctionnement de l’animal. En dehors de ces cas, ce que nous qualifions de « troubles » relève le plus souvent d’une inadéquation entre l’animal et son contexte de vie.

EXEMPLES :
  • Un chien de type berger, sélectionné pour la vigilance et/ou la protection, voit-il ses prédispositions respectées et canalisées de manière cohérente ?
  • Un chien qui détruit son environnement immédiat bénéficie-t-il réellement de sorties régulières en extérieur, propices à la détente et à l’exploration, et non de simples accès à un jardin ?
  • Un husky qui fait le loup en solitude, chien génétiquement sélectionné pour vivre et se mouvoir en groupe, peut-il être laissé seul une journée entière ?
  • Un chien agressif envers ses congénères n’est-il pas trop souvent confronté à des interactions subies, répétées et mal régulées ?
  • Un chien ancré dans des comportements juvéniles (malpropreté, manque d’autorégulation émotionnelle et comportementale…) n’a t-il pas vu ses chances de maturation ralenties ou stoppées par la gonadectomie ?
  • Un chien qui veut désespérément fuguer ne nous dit-il pas une chose importante que personne ne souhaite entendre ?
  • Etc.

Il ne s’agit pas de parler systématiquement d’abandon – ou de son terme édulcoré « replacement » – pour faire disparaître le problème. Le replacement ne devrait être envisagé qu’en ultime recours. Car avec des conseils avisés, il est souvent possible d’aménager l’environnement et de trouver des solutions subtiles pour mieux répondre aux besoins du chien en difficulté. Plutôt que de tout « pathologiser », il est souvent plus juste — et plus efficace — d’interroger le biotope, le système, les rythmes, les attentes humaines, et de revoir à la baisse les compromis que nous demandons au chien de faire pour s’adapter à un monde qui n’a pas été conçu pour lui.

Changer de regard, c’est aussi changer de posture. De cette évolution découlent souvent des changements bénéfiques chez le chien. Elle permet de sortir d’une logique de culpabilisation — du chien comme du gardien — pour reconnaître une réalité plus large : notre société est de moins en moins compatible avec les besoins fondamentaux du vivant, et le chien n’en est qu’un révélateur parmi d’autres. Prenons-en conscience.

Ce constat résonne d’ailleurs fortement avec la place laissée aujourd’hui à l’enfant. Lui aussi évolue dans un monde où le mouvement, l’exploration, le bruit, l’élan vital sont de moins en moins tolérés. Un monde où il est souvent sommé de se conformer, de se contenir, de s’adapter, de se taire parfois au prix de son équilibre physique et émotionnel. Et là aussi, on parlera rapidement de « troubles » où il faudrait sans doute questionner le cadre de vie ou les habitudes et routines. 

Qu’il s’agisse du chien ou de l’enfant, la question mérite d’être posée : « Et si le problème ne venait pas de ceux qui manifestent leur malaise, mais du monde auquel nous leur demandons de s’adapter ? ».

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(mensuelle)

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