De la conversation entre chiens

Beaucoup de gardiens dirigent leur chien directement vers les autres lors des rencontres. Pourtant, si deux chiens libres de leurs mouvements et de leurs décisions se croisaient dans un environnement suffisamment vaste pour leur permettre de choisir, leur approche ne serait jamais frontale, jusqu’à se retrouver face à face, parfois truffe contre truffe.

En fait, souvent, ils s’éviteraient.

Et si l’un d’eux souhaite entrer en interaction avec l’autre, son approche ne ressemblerait pas à celle que nous imposons  à nos chiens : une trajectoire directe, rapide, frontale, sans véritable possibilité de s’arrêter ou de modifier sa trajectoire. Parce qu’une rencontre canine n’est pas un simple rapprochement physique, c’est une conversation.

Un échange entre deux interlocuteurs

Et comme toute conversation, celle-ci suppose que les deux interlocuteurs puissent s’observer, s’écouter, répondre et surtout, décider de poursuivre ou non.

Un chien qui s’approche d’un congénère peut ralentir, décrire une courbe, marquer une pause, renifler le sol, détourner son regard, reprendre son déplacement, modifier sa trajectoire. Il peut utiliser tout un ensemble de signaux qui permettent à l’autre de comprendre ses intentions et, surtout, de lui répondre.

Cette progression n’est pas de la lenteur inutile. Elle est une véritable prise d’informations sans laquelle le discours est rompu.

Chaque chien observe l’autre et ajuste son comportement en fonction de ce qu’il perçoit. C’est ainsi qu’une rencontre peut rester fluide : chacun conserve la possibilité de dire « oui », « pas maintenant », « un peu plus loin », « je préfère continuer mon chemin » ou « d’accord, nous pouvons faire connaissance ».

En pratique

La plupart des gardiens font exactement l’inverse.

Les deux chiens sont placés face à face parce que nous considérons que c’est ainsi qu’ils vont « se dire bonjour ». Nous les conduisons l’un vers l’autre en laisse, ou nous laissons notre chien foncer sur celui qu’il vient d’apercevoir, en interprétant son excitation comme une grande preuve de sociabilité : « Il veut dire bonjour à tous les chiens ! ».

Alors, si votre chien est un « hypersocial » qui aime et fonce sur le moindre chien qu’il aperçoit « pour dire bonjour », cet article vous concerne.

  • Votre chien aborde ses rencontres d’une manière invasive et peu courtoise. Il risque l’agression. Il se montre intrusif envers les autres, qu’ils soient en laisse ou pas. 
  • Vous avez besoin de discuter avec la personne en face. Elle ne désire peut-être pas la rencontre pour des raisons qui la concernent, et sur lesquelles elle n’a pas à se justifier.

Le langage canin est universel. Il ne souffre d’aucune exception. Votre chien n’est pas une particularité, ou une exception dans le cadre de la communication avec ses congénères.

Pour assurer sa sécurité et le bien-être de tous, les chiens doivent s’approcher lentement en courbe, faire des pauses, renifler le sol, ralentir, reprendre… et exprimer des signaux de désescalade du conflit. C’est ainsi que votre chien pourra avoir une chance observer l’inconfort de l’autre, s’y adapter, le respecter.

Une conversation qui dégénère

Ce comportement volontaire de courir vers un chien inconnu pour s’arrêter face à lui est problématique car il n’a qu’un seul objectif : s’imposer de manière très impolie dans la rencontre et écraser le choix de l’autre.  Cette approche peut être particulièrement difficile à supporter pour le chien qui la reçoit. Ce dernier n’a pas seulement à gérer la présence d’un congénère. Il doit gérer la manière dont ce congénère entre dans son espace personnel.

Alors il devra beaucoup réguler et se réguler lui-même face au vôtre qui n’a fait aucun effort pour que cette rencontre ne dégénère pas. Mais lorsque ses messages de désescalade du conflit ne suffiront pas à obtenir de la distance de votre chien, la réponse du chien acculé deviendra agressive.

C’est précisément pour cette raison que la rencontre entre deux chiens ne devrait jamais être pensée comme une obligation de contact, mais comme un échange dans lequel chacun doit pouvoir conserver une marge de choix. Avant de laisser son chien aller vers un autre, il faudrait revenir à une règle élémentaire de politesse : demander l’accord de l’autre.

Une conversation entre humains

« Votre chien peut-il rencontrer le mien ? ». La question paraît anodine mais elle est essentielle. La personne en face peut avoir ses raisons de refuser. Son chien peut être âgé, malade, craintif, réactif, en apprentissage, indisposé, ou simplement ne pas avoir envie d’entrer en interaction. Et elle n’a pas à se justifier, son refus suffit.

C’est aussi ça une conversation : accepter que l’autre puisse ne pas vouloir poursuivre l’échange. Et la plupart du temps, c’est ce que font les chiens qui se rencontrent pour la première fois !

Si votre chien aime aller vers les autres, il est important de lui apprendre à entrer véritablement en conversation et en relation avec eux, en commençant par le faire avec vos propres congénères.

Une belle conversation ?

Une belle conversation sera décrite comme celle au cours de laquelle chacun aura pu exprimer ce qu’il souhaitait, et où l’autre en aura tenu compte, même s’il n’y a eu ni contact, ni rapprochement.

La meilleure conversation canine sera une approche lente en courbe, avec des pauses, quelques secondes d’observation, un reniflement, puis chacun repartira de son côté. Et ce ne sera pas un échec. Ce sera une conversation canine parfaitement réussie parce que personne n’a été contraint de parler ou de se toucher. Personne n’a été contraint de supporter l’autre. Et chacun a pu conserver le droit fondamental de choisir.

Alors, si votre chien fonce systématiquement vers tous les congénères qu’il aperçoit « pour leur dire bonjour », il est peut-être nécessaire de lui réapprendre l’art de leur parler :

  • En ralentissant.
  • En observant.
  • En attendant une réponse.
  • En respectant le refus.
  • En communiquant à distance sans frustration.

Une conversation se doit d’être amenée, en temps et en distance, avec la manière de la courbe et l’art du discours.

Oui. Parce que les chiens sont comme ça. Et le vôtre aussi. Mais il l’a sans doute oublié à cause des mauvaises habitudes apprises. La bonne nouvelle ? Il peut en ré-apprendre d’autres avec vous. 😉

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(mensuelle)

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