La giardiose chez le chiot est une infection parasitaire causée par un protozoaire intestinal appelé Giardia duodenalis. Ce micro-organisme unicellulaire (qui n’est ni un ver, ni une bactérie) se transmet principalement par ingestion de formes résistantes présentes dans l’environnement, notamment via l’eau, les sols souillés ou les matières fécales. Une fois ingéré, il s’installe dans l’intestin grêle et perturbe l’absorption des nutriments.
Cette infection est bien connue des adoptants et des éleveurs. Selon les chiffres, 30 à 45% des chiots en sont atteints. De mon expérience, il s’agit bien d’un chiot sur trois sorti d’élevage. La giardiose est fréquente car le système digestif et l’immunité du chiot sont encore en construction. Les symptômes les plus courants sont des selles molles voire diarrhéiques, parfois intermittentes, une perte de poids, des gaz ou un ralentissement de la croissance. Certains peuvent toutefois être porteurs sans présenter de signes visibles (les porteurs sains).
Le parasite ne détruit pas directement les tissus intestinaux mais agit en perturbant le fonctionnement normal de la digestion. Il interfère avec l’absorption des graisses, des glucides et de certains nutriments, ce qui explique les troubles digestifs observés. Il dépend totalement de l’hôte pour se nourrir et utilise les nutriments déjà présents dans l’intestin du chiot.
La giardiose est contagieuse. La transmission à l’homme est possible, c’est une zoonose. Elle reste toutefois peu fréquente dans des conditions normales d’hygiène. Elle se fait par ingestion accidentelle de formes infectieuses, généralement via les mains contaminées lors du ramassage des selles, lors du contact avec des surfaces souillées ou en cas de léchage du visage par le chiot.
Comme pour toutes les attaques parasitaires, l’état du microbiote intestinal joue un rôle important. Un chien avec une bonne santé digestive peut mieux tolérer l’infection et limiter les symptômes, mais cela ne garantira pas l’élimination spontanée de la giardia. J’ai connu des adoptants qui ont vécu avec la giardia durant toute la première année du chiot, avant de parvenir à s’en débarrasser définitivement. Les re-contaminations sont fréquentes car les formes infectieuses sont très résistantes dans l’environnement.
Si la giardiose est symptomatique (diarrhée, perte de poids…), le traitement est recommandé. Il reposera généralement sur des antiparasitaires. Il peut être répété si nécessaire, notamment en cas de rechute ou de persistance des symptômes. Ils doivent absolument être associés à des mesures d’hygiène strictes visant à limiter les re-contaminations, comme le ramassage immédiat des selles, le nettoyage réguliers des sols après souillure, le lavage quotidien des textiles en contact avec le chiot. Des mesures de précaution logiques par rapport aux autres chiots/chiens doivent être prises car rappelons-le, la giardiose est contagieuse.
En complément du traitement, des probiotiques sont souvent utilisés (et conseillés!). Ils sont généralement donnés pendant ou juste après le traitement antiparasitaire afin de soutenir la flore intestinale, d’aider à restaurer l’équilibre du microbiote et d’améliorer la qualité des selles. Leur intérêt principal est d’accompagner la récupération digestive plutôt que de traiter directement le parasite.
Sur le plan alimentaire, pendant la phase active (crise diarrhéique), une ration simple et très digestible est généralement privilégiée pour soulager l’intestin irrité par la giardia. Elle repose sur des aliments cuits et non transformés comme des protéines maigres type poulet cuit sans peau et des glucides bien cuits comme le riz blanc. L’objectif est de limiter drastiquement la charge digestive et de stabiliser l’intestin en limitant les fermentations. Les quantités doivent être adaptées au poids du chiot et réparties en plusieurs petits repas dans la journée. Attention, ce régime doit absolument être court (entre 7 et 15 jours grand maximum) car il ne couvre pas tous les besoins nutritionnels du chiot. L’avantage est qu’il est très bien toléré en phase aiguë, souvent efficace rapidement sur les selles. Enfin, il permet de “remettre à zéro” le système digestif. Son inconvénient est qu’il n’est pas équilibré (il doit rester court et exceptionnel). À lui seul, il ne reconstruira pas le microbiote. Des probiotiques devront être donnés en complément.
Autre possibilité : certains vétérinaires conseilleront des gammes de croquettes « gastro-intestinale » développées par les géants de l’agro-alimentaire (haute digestibilité, nutriments équilibrés pour la croissance, ajout de probiotiques pour soutenir la flore). Leur avantage est de combler les besoins du chiot (pas de risque de carence), et elles sont rapides à l’emploi. Leur inconvénient est qu’elles sont parfois mal tolérées car le tractus intestinal du chiot étant déjà perturbé, le changement de croquettes peut le déranger encore davantage. Enfin, la composition reste ultra-transformée et à long terme, ce régime industriel, bien qu’équilibré, n’est franchement pas souhaitable.
De mon point de vue tout à fait subjectif mais basé sur l’expérience, en phase de crise, le régime poulet cuit sans peau + riz blanc bien cuit reste ce qui fonctionne le mieux. La tolérance est immédiate et stoppe la diarrhée. Dès l’intestin calmé (disparition des diarrhées), il est possible alors d’envisager les croquettes “gastro-intestinales” pour stabiliser de manière pérenne. Seulement après, le choix du régime alimentaire définitif du chien pourra être fait.
La gestion de la giardiose repose sur une approche globale qui combine traitement antiparasitaire, soutien digestif, hygiène stricte et alimentation adaptée, avec un objectif principal qui sera de rompre le cycle de l’infection et de permettre au système digestif de se rééquilibrer progressivement. Par la suite, une fois la crise passée et l’intestin stabilisé, il sera bon de repenser sérieusement la question de l’alimentation et des soins préventifs afin d’élever un chien au microbiote solide. Un tel individu n’attire ni tique, ni puce, ni ver, ni protozoaire mais en plus, il est capable de s’en débarrasser seul avant toute infestation.