L’immersion est une manipulation qui vise à noyer votre chien des informations sources de ses peurs ou de ses colères (ou les deux), de manière à ce qu’il finisse par s’y soumettre en raison de la trop grande quantité de stimulations (que son cerveau ne peut plus traiter).
Par exemple :
- Votre chien sera placé à l’attache au milieu d’un espace surpeuplé d’humains qui bougent, parlent ou crient (style parking de supermarché, parc public, marché, etc.).
- Votre chien sera emmené à l’attache dans une balade où il sera entouré de chiens qui forceront l’interaction avec lui.
- Votre chien se verra emmené à la sortie des écoles pour assister à une déferlante d’enfants qui crient, courent et passent tout près de lui alors qu’il est attaché.
- Votre chien sera promené en laisse courte au bord d’une route passante.
- Etc.
La manoeuvre consiste à confronter votre chien à ses émotions les plus aversives en lui imposant la proximité avec ce qui le dérange.
L’idée à la base de cette pratique est assez simpliste. Elle est à la portée du premier individu qui passe et qui pensera avoir eu le raisonnement du siècle. Mais l’apaisement des sphères cognitive et émotionnelle d’un chien demandent du temps, des connaissances et de l’expérience car il s’agit ici de l’aider à développer son intelligence adaptative, son intelligence sociale, ses capacités d’analyse, etc. dans les contextes qui le gênent.
L’immersion exclut la cognition de votre chien.
Elle exclut même votre chien.
Elle ne s’intéresse qu’au résultat attendu par l’éducateur qui l’emploie, c’est-à-dire la suppression pure et simple des comportements induits par les émotions aversives qui s’imposent à votre chien. `
Si vous avez peur des araignées et que je vous enferme dans une pièce qui en est remplie, vous n’en sortirez pas grandi.
Le chien n’est pas différent de nous.
La difficulté c’est que dans l’immersion, le professionnel confond l’apaisement et la sidération. Le chien tombe dans un état proche de la prostration, incapable d’exprimer quoi que ce soit. On vous dira alors que ça a marché : votre chien n’est plus agressif. Il peut être entouré de chiens sans vouloir les attaquer.
L’éducateur qui proposera l’immersion pour « vaincre la peur » ou « calmer l’agressivité proactive », exigera de votre chien qu’il reste attaché en laisse courte (et muselé) pendant qu’il l’immerge dans les contextes de son stress, jusqu’à ce que ses comportements adaptatifs s’éteignent.
Le chien s’éteindra évidemment aussi.
Cela prendra du temps ou ira très vite selon la personnalité du chien.
- Est-il fort mentalement ? Dans ce cas, la souffrance sera longue car il se défendra jusqu’à ce qu’il acquiert la conviction qu’il n’a plus aucun rôle à jouer, aucun choix, aucune possibilité d’action, de réaction, aucun contrôle sur l’environnement, sur sa vie.
- Est-il plus faible ? Dans ce cas, la torture sera rapide car il abandonnera presqu’immédiatement.
Mais dans les deux cas, le chien est détruit émotionnellement.
Si l’immersion fait disparaître le problème, elle a surtout pour effet de faire s’évanouir chez le chien toute stratégie d’autodéfense, toute capacité de réaction face à une situation dangereuse ou effrayante. Le chien est sidéré et traumatisé. On l’a empêché de fuir ou d’agresser. Or, fuir ou agresser sont des réponses adaptatives naturelles chez toutes les espèces. L’expérience lui laissera une marque à vie et régulièrement, des contextes de son quotidien la lui rappelleront sans que nous nous en apercevions.
Lui, il se souviendra aussi que nous étions là et que nous avons laissé faire.
L’immersion est une méthode amateure qui provoque un grand état de détresse chez votre chien et détruit le lien de confiance qui l’attachait à vous.
Dites non.
*Détresse acquise ou impuissance acquise = sentiment d’impuissance permanent qui résulte de l’expérience vécue par un animal humain ou non. Il est provoqué par le fait d’être plongé, de façon durable ou répétée, dans des situations où l’animal humain ou non, ne peut ni agir, ni se sauver. L’impuissance apprise a été théorisée en 1975 par Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale puis complétée par Abramson, Metalsky et Alloy, en 1989, sous le terme de « théorie de manque d’espoir ou de désespoir ». Cet état psychologique résulte toujours d’un apprentissage, d’une expérience de l’absence de maîtrise sur les événements. Pour aller plus loin dans la compréhension des mécanismes de la détresse acquise et de ce qui les provoque, lire les expériences du Dr. Selingman réalisées sur trois groupes de chiens. Elles démontrent que quand un chien est soumis à des stimulations inévitables, il renonce à tout comportement d’évitement et se résigne à l’immobilisme. Ce comportement persiste même quand les stimulations inévitables et négatives sont ensuite évitables.