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Quand la science dérange, on l’accuse de tout compliquer

Et je suis effarée quand j’entends “les comportementalistes compliquent tout”. 

L’une des plus grandes difficultés actuelles avec le chien est que la simplicité est confondue avec la facilité. Or, il existe une différence fondamentale entre les deux. Une chose peut être simple à comprendre tout en étant exigeante à mettre en œuvre. 

Faire un enfant est simple dans son principe. Répondre à ses besoins physiologiques, émotionnels, cognitifs et sociaux est une autre paire de manche. Pourtant, personne ne prétendra sérieusement que cela ne demande ni curiosité, information, temps, investissement financier ou adaptation permanente. 

Avec le chien, le raisonnement devrait être identique, mais ce n’est pas toujours le cas. 

Quand certains disent : « Avant, on ne se posait pas toutes ces questions et ça allait très bien », ils oublient une réalité de taille : beaucoup de chiens n’allaient pas si bien que ça, mais personne ne s’en souciait. Leurs difficultés étaient largement acceptées comme une fatalité. Un chien qui mordait, détruisait ou fuguait finissait attaché au fond du jardin, et on évitait de s’en préoccuper. Après tout, ce n’était qu’un chien. 

Aujourd’hui, nous voulons des chiens capables d’habiter un appartement, de croiser des congénères dans le silence, de supporter la solitude des heures durant, d’aimer tous les enfants, de tolérer les invités, les voyages en cage, les terrasses de café bondées en plein été, les transports en commun muselés et les foules oppressantes, sans parler des soins vétérinaires sans aucune indulgence ni patience… La liste pourrait être très longue. Mais nous sommes devenus très exigeants avec le chien, en ne voulant pas s’en donner les moyens. 

Toutes ces ambitions nécessitent une excellente compréhension des besoins spécifiques et personnels du chien. Les comportementalistes ne compliquent rien. Ils essaient d’ouvrir les yeux à une grande majorité d’humain.es qui pensent que le chien s’achète et ensuite « on verra bien, car de toutes façons, comment on faisait avant ? ». La connaissance que nous apportons met en lumière une réalité que l’ignorance permettait d’ignorer. Et c’est désagréable pour certains. 

Et avec l’enfant ? On en parle ? 

Le parallèle avec la pédiatrie est possible. On pourrait effectivement dire : « Avant les pédopsychiatres, les psychologues du développement et les neurosciences, les parents faisaient comme ils le sentaient, et ça marchait très bien. » 

Mais nous savons aujourd’hui que les bases sécuritaires sont primordiales à l’attachement sain, que la qualité du sommeil influence le développement cérébral, que les expériences même très précoces façonnent les circuits émotionnels, que le stress chronique a des conséquences mesurables sur la maturation du cerveau, que les interactions sociales modifient le développement cognitif, que l’alimentation est centrale, que le besoin d’activité physique est réel dans la gestion du stress, etc. 

La connaissance n’a pas créé ces réalités, elle les a révélées. De la même manière, les comportementalistes n’ont pas inventé les besoins du chien. Ils décrivent simplement ce que les sciences du comportement, de l’apprentissage et les neurosciences nous permettent désormais de comprendre. 

En ce sens, dire qu’on peut avoir un chien « simplement » revient parfois à vouloir conserver les bénéfices de la connaissance sans en assumer les implications. 

C’est comme vouloir un enfant équilibré sans consacrer de temps à son éducation, à son alimentation ou à sa sécurité émotionnelle. 

C’est comme vouloir être en bonne santé sans se préoccuper de son hygiène de vie.

C’est comme rêver d’un jardin magnifique sans jamais le cultiver. 

ON NE PEUT PLUS DIRE « JE NE SAVAIS PAS »

Ici, réalité est la même : les besoins existent indépendamment de notre volonté de les reconnaître. Au fond, lorsqu’on affirme que « tout est devenu trop compliqué avec les comportementalistes », on exprime moins une critique de la science qu’une résistance à ce qu’elle implique en termes de responsabilités. Connaître les besoins d’un être vivant crée une obligation morale supplémentaire : celle de ne plus pouvoir prétendre qu’on ne savait pas. 

La connaissance retire le confort de la simplification. Elle nous rappelle qu’avoir un chien n’est pas seulement un plaisir ou un loisir. C’est accepter la responsabilité d’un individu doté d’émotions et d’une conscience subjective qui gêne de plus en plus à mesure qu’elle est mise en lumière, de besoins biologiques à assouvir, de capacités cognitives et de limites qu’il va falloir comprendre et respecter.

Cette réalité n’est pas tellement compliquée pour ceux qui embrassent sérieusement le projet de vivre avec un chien en assumant toutes les responsabilités qui en découlent. C’est une réalité exigeante pour ceux qui y ont bien réfléchi, mais elle n’est pas compliquée. L’exigence et la complexité n’ont rien à voir, comme la simplicité et la facilité. 

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(mensuelle)

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