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L’agression par prédation n’existe pas

Lili est une chienne de type berger. Elle agresse ses congénères après avoir adopté une position d’embuscade (couchée, menton posé entre les antérieurs ou tête en deçà du niveau des épaules). Si le congénère continue d’approcher malgré cette posture, elle se déplace vers lui, avec la démarche typique du chien de berger, c’est-à-dire, posture basse et ondulante. Elle finit par le saisir au-dessus du cou pour le secouer, et s’en aller immédiatement ensuite. On affirme plusieurs fois à Tom (son gardien très inquiet), que sa chienne « agresse par prédation ». Ainsi, Lili ne serait pas du tout sociable. Elle confondrait ses congénères avec des proies. Elle serait alors « irrécupérable » puisque la prédation est incompatible avec la socialité (au moins, ça c’est vrai). 

Revenons sur les bases

Avant d’expliquer ce qui arrive à Lili, et pourquoi elle adopte cette conduite, revoyons les fondamentaux. Il est tout de même essentiel de les maîtriser pour éviter les affirmations qui pourraient potentiellement condamner un chien. La théorie, les livres et surtout l’éthologie ne sont pas des options quand on souhaite comprendre un comportement.   

En éthologie, l’agression (et ceci, quelle que soit l’espèce, humains compris) est un mode de « communication ». L’émetteur qui exprime l’agression va faire savoir au récepteur, qu’il a besoin de « distance ». Et si l’on parle de récepteur et d’émetteur, c’est qu’il s’agit bien de communication. Alors quoiqu’on en dise, l’agression est un comportement social, agonistique, de résolution d’un conflit, d’un problème, d’un dérangement. L’agression reste émotionnelle, évidemment. Selon le niveau d’émotivité de l’individu qui agresse et selon la capacité de l’autre chien à comprendre le besoin de distance exprimé, l’agression sera intensifiée ou pas. Il est donc essentiel de saisir que dans l’agression, le chien cherche à obtenir l’éloignement de son problème (un chien, un humain, une voiture, etc.). 

Dans la prédation, c’est l’inverse. Le chien prédateur va tout faire pour se rapprocher de sa proie sans être vu (d’où la posture basse et le silence), dans le but de la capturer, de la tuer et peut-être de la manger. La prédation est tout sauf sociale. Son but est alimentaire (et ceci, même si le chien n’a plus besoin de chasser pour manger). La prédation n’a pas à être classée dans les conduites agressives puisqu’en aucun cas elle ne vise à communiquer. La prédation est non émotionnelle, et à très haut niveau de motivation puisqu’elle place le chien en mode « exigence » dans la pyramide de Maslow. En somme, c’est une séquence comportementale créée par la succession de patrons-moteurs génétiques qui s’imposent au chien. 

Considérant ce qui vient d’être expliqué, « agression » et « prédation » ne sont pas à associer, surtout pour inventer l’agression par prédation. 

Que fait Lili ? 

Ce que fait Lili est on-ne-peut-plus social. L’embuscade étant une posture de menace, Lili cherche à intimider le chien qui arrive en face d’elle, afin qu’il ralentisse, change de trajectoire ou s’en aille tout simplement. Quand Lili adopte ce comportement, elle communique avec son congénère. Elle cherche à obtenir de lui de la distance. 

  • Si celui-ci l’écoute et s’éloigne, Lili se relève et poursuit sa route. Elle ne le poursuit pas. 
  • Si celui-ci est tenu en laisse, il n’a pas d’autre choix que de continuer à avancer vers Lili qui se montre pourtant menaçante. En effet, beaucoup d’humains vont déclarer que Lili est « en posture d’apaisement » car elle est couchée, menton plaqué au sol. Mais si l’on observe bien le comportement du chien attaché (et donc contraint), on constatera qu’il n’est pas à l’aise du tout avec le fait de continuer à réduire la distance avec notre Lili, postée en embuscade. Ici, c’est donc l’humain qui tient la laisse qui doit comprendre que lorsqu’un chien se conduit de la sorte, il faut l’éviter, le contourner, faire demi-tour, s’en éloigner. 
  • Si le chien est en liberté et qu’il poursuit allègrement sa route vers Lili, alors, c’est lui qui ne la comprend pas (ou ne la respecte pas). 

Bref, dans les deux derniers cas, la seule qui adopte un comportement logique placé dans la communication, c’est Lili. 

Lili, dont on affirme à tort qu’elle « agresse ses congénères par prédation », et que ce n’est pas récupérable puisque sa période d’imprégnation est terminée. 

De quoi Lili a-t-elle besoin ? 
  • Elle a besoin qu’on augmente son sentiment de sécurité dans l’environnement. 
  • Elle a besoin d’être mise à distance de ses congénères afin qu’elle ait le temps d’évaluer la menace avec objectivité. 
  • Elle a besoin d’être sûre que si elle ne veut pas d’interaction sociale, il n’y en aura pas. 
  • Elle a besoin d’être comprise, et perçue comme elle est réellement : une chienne sociable mais peu confiante en ses congénères. Et aussi, une chienne sélective car Lili ne menacera pas tous les chiens. Mais surtout, c’est une chienne qui n’a pas de motivation particulière pour les rencontres impromptues et systématiques. 
  • Elle a besoin de croiser des chiens qui communiquent à distance avec elle pour pouvoir décider ce qu’elle va faire. 
  • Elle a besoin que son gardien s’en tienne aux chiens qu’elle connaît et reconnaît comme des amis. 
  • Elle a besoin de comprendre que la menace n’a pas à être instrumentalisée, parce que désormais son gardien l’écoute et la comprend mieux. 

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(mensuelle)

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