- Veiller à sa sécurité : oui ✅
- L’empêcher, l’étouffer : non ⛔
Aucune anxiété humaine ne devrait justifier que l’éthologie d’un animal soit bafouée.
Cet été, j’ai vu des chiens qui ne marchent plus parce qu’ils sont systématiquement transportés en poussette ou déplacés dans un sac à dos ; des chiens qui ne peuvent plus s’éloigner de leur humain.e parce qu’ils sont constamment maintenus au bout d’une laisse très courte; des chiens qui ont chaud mais à qui l’on interdit toute baignade dans des plans d’eau parfaitement sains et sans risque identifié… Et puis il y a les hautes herbes, la boue, les trouvailles et odeurs douteuses (pour nous), les flaques, etc. qui sont évitées car elles représenteraient un danger.
Mais c’est la vie d’un chien…
Bien sûr, le chien doit être protégé par ses gardiens.nes. Certaines eaux peuvent être contaminées, certaines rencontres peuvent être risquées, certaines situations nécessitent effectivement d’intervenir. La question n’est donc évidemment pas de laisser un chien faire n’importe quoi.
La question est :
Sommes-nous encore capables de distinguer un danger réel d’un inconfort humain ?
Car à force de vouloir prévenir tout risque, nous finissons parfois par empêcher nos chiens d’exprimer les comportements qui sont l’essence même de leur espèce.
Trotter, courir.
Explorer.
Renifler.
Trouver.
S’éloigner, revenir.
Choisir une trajectoire.
Fouiller.
Se salir.
Se baigner.
S’ébrouer.
Rencontrer le monde avec son propre corps et ses propres sens.
Le chien n’est pas un être fragile qui a besoin d’être couvé. À bien des titres, il est moins vulnérable que nous !
Il possède un sous-poil et un poil protecteurs, une immunité gastrique sans comparaison avec la nôtre, une motricité qui le rend agile sur la plupart des terrains, une perception sensorielle de pointe, des capacités d’exploration et d’adaptation que nous avons parfois tendance à sous-estimer…
Il sait souvent gérer une quantité de situations que nous jugeons spontanément inquiétantes simplement parce qu’elles nous font peur.
Les projections problématiques
Nous avons peur qu’il tombe, qu’il se salisse, qu’il se noie, qu’il mange quelque chose, qu’il se blesse, qu’il se fatigue… Alors nous réduisons progressivement son champ d’action. Et nous le fragilisons.
Paradoxalement, à force de vouloir fabriquer un environnement sans risque, nous fabriquons parfois un chien qui connaît de moins en moins le monde, et un chien qui s’ennuie, qui ne sait plus rester seul sans celui dont toute sa survie dépend : son gardien.
La sécurité doit permettre au chien d’explorer, pas remplacer l’exploration. Elle devrait être un cadre, et jamais une prison.
Cela suppose évidemment d’accepter une part de risque, le risque raisonnable inhérent à toute existence.
- Un chien qui joue dans les hautes herbes peut ramener des parasites.
- Un chien qui nage reviendra mouillé et peut-être sale.
- Un chien qui explore peut trouver quelque chose.
- Un chien qui court peut trébucher.
- Il n’en meurt pas et vivre, c’est aussi ça.
La confiance éclairée
Notre rôle n’est pas de supprimer toute éventualité d’incident. C’est absolument impossible sans devenir fou d’anxiété. Il nous revient d’apprendre à connaître notre chien, son environnement, ses capacités, ses limites et les dangers auxquels il est réellement exposé, afin de savoir quand intervenir et quand le laisser faire. La véritable protection n’est pas celle qui éloigne le chien de la vie. Surtout pas.
Entre la négligence et la surprotection, il existe une troisième voie qui s’appelle la confiance éclairée. C’est celle qui permet de respirer et de profiter des balades avec notre chien parce que nous sommes partis informés sur les risques réels.
Si l’on croit que toutes les tiques sont porteuses de la maladie de Lyme, si l’on ne sait pas reconnaître les plans d’eau sains des plans d’eau infectés, si l’on confond les épillets avec les autres fleurs séchées, si l’on ne sait pas comment rafraîchir son chien, comment le protéger des puces et des tiques sans l’intoxiquer, comment préserver son immunité, etc. on tombe forcément dans l’interdiction de tout.
Alors peut-être est-il temps de redonner à nos chiens un peu plus de liberté… et à nous-mêmes un peu plus de discernement. 😉