Pourquoi la prévisibilité sécurise davantage que la répétition mécanique de nos habitudes ?
Le chien n’a pas nécessairement besoin que ses journées soient réglées comme une horloge. Il a surtout besoin de pouvoir anticiper suffisamment ce qui lui arrive pour se sentir en sécurité dans son environnement. En somme, il aime savoir à quoi s’en tenir.
1. Routine ≠ Rigidité
Une routine ne signifie pas :
- manger à 8 h précises
- sortir exactement à la même heure
- faire toujours le même trajet
- reproduire chaque jour le même scénario.
Cette façon de vivre peut manquer de souplesse et devenir une contrainte. Ce qui est sécurisant, c’est plutôt la régularité des événements et des réponses humaines. Un chien peut très bien vivre dans un foyer où les horaires varient, si son environnement reste lisible :
- Ici, les humains répondent de manière cohérente.
- Ici, mes besoins sont toujours pris en compte.
- Ici, je sais à quoi m’en tenir.
- À l’inverse, une vie extrêmement ritualisée peut devenir problématique si elle laisse peu de place à la flexibilité.
2. La prévisibilité est le vrai sujet
Plutôt que parler de « routine », utilisons le terme « prévisibilité ». En effet, le chien fait en permanence des prédictions sur les environnements et contextes.
- Qui arrive ?
- Que va-t-il se passer pour moi ?
- Est-ce que je vais participer ou pas ?
- Est-ce que je sors avec eux ou est-ce que je reste ici ?
- Vont-ils revenir ?
- Est-ce que cette situation est dangereuse pour moi ?
- Que me veut cette personne ?
- Est-ce que mon humain va répondre à ma demande ?
- Est-ce que quelque chose d’inattendu va encore survenir ?
Nous le faisons aussi quand nous sommes trop anxieux.
Mais plus le chien pourra prédire l’environnement par son expérience personnelle avec son gardien, moins il ressentira le besoin de se montrer vigilant.
Pourquoi ? Parce qu’il sait. Il l’a appris de manière empirique avec son gardien. Et c’est là que la routine devient intéressante : elle constitue une forme de cadre prédictible pour le chien.
3. La prévisibilité participe à la sécurité affective
Le chien ne se sécurise pas uniquement parce que « sa gamelle arrive tous les jours à la même heure » ou « parce que le trajet de sa promenade ne bouge pas d’un iota ».
Il se sécurise à travers la répétition d’expériences comme :
- Je demande de l’aide = on y répond.
- Quelque chose m’inquiète = on intervient pour me protéger ou m’aider.
- Je me repose = personne ne vient me déranger.
- Je mange = personne ne me fait penser que je dois protéger ma nourriture.
- Je reviens vers mon humain = il est disponible pour moi.
- Je fais quelque chose de dérangeant = mon humain oppose une limite.
Alors, quand un élément inconnu survient et que mon environnement reste globalement stable, je suis prêt. La prévisibilité est une composante de ma sécurisation dans mon foyer.
Mais retenez qu’un foyer sécurisant n’est pas un foyer dans lequel il ne se passe rien ou dans lequel le chien est préservé de tout. C’est un foyer dans lequel le chien peut progressivement apprendre que ce qui se passe est compréhensible et que les réponses de ses gardiens et les conséquences pour lui sont fiables.
4. Un lien avec la solitude ?
Les routines ne préviendont pas à elles seules les problématiques de solitude. Mais elles peuvent participer à construire les conditions qui rendent la solitude normale, comme faisant partie de la vie. Dès lors, un chien qui vit dans un environnement prévisible et rassurant, peut davantage apprendre :
« Mon humain s’en va parfois, mais son départ n’annonce rien de grave pour moi. Il revient toujours. Mon environnement continue d’être sûr et mes besoins continuent d’être satisfaits. »
Voilà pourquoi les conseils du type « surtout ne dites pas au revoir » sont ridicules. Ils vous amènent à supprimer un élément de prévisibilité très important pour votre chien. Pourquoi faudrait-il supprimer un signal social parfaitement banal et logique, sous prétexte qu’il annonce une séparation ? N’est-ce pas considérer de facto que la séparation est un problème ?
Au contraire, un chien peut apprendre : « Quand mon humain prend ses clés, me dit au revoir et sort, il revient ensuite. » Le problème n’est pas forcément que le chien sait que son humain part. C’est ce que cette absence signifie pour lui, et ce qu’il a appris de l’expérience de cette absence.
5. La prévisibilité permet de mieux tolérer l’imprévisibilité
Et c’est magique.
On pourrait presque dire qu’un environnement suffisamment prévisible permet au chien de mieux composer avec ce qui ne l’est pas. La vie ne sera jamais parfaitement routinière. Mais si un chien a des bases solides de prévisibilité, il est davantage prêt à tolérer l’imprévu qu’un autre :
- un déménagement
- un bébé
- des invités
- une visite vétérinaire
- un bruit inattendu
- etc.
L’objectif n’est donc pas de construire un monde parfaitement contrôlé autour du chien. C’est plutôt de lui donner un socle suffisamment stable pour qu’il puisse absorber l’instabilité du monde extérieur.
6. La routine n’est pas le contrôle
À force d’entendre qu’il faut instaurer des routines, certains gardiens finissent par penser qu’ils doivent organiser chaque minute de la vie de leur chien. Or, paradoxalement, cela peut produire l’inverse de ce que l’on recherche.
Un chien sécurisé devrait pouvoir :
- attendre
- ne rien faire
- supporter de ne pas sortir une journée
- s’adapter à une modification de programme
- voir son gardien partir
- etc.
Parce que c’est la vie. Et la vie c’est la possibilité de construire des attentes fiables dans un monde qui, lui, ne l’est pas toujours. 😉
La routine n’est pas là pour empêcher le chien de vivre les imprévus. Elle est là pour lui donner suffisamment de sécurité pour pouvoir les traverser. Dans cette approche développée dans mon dernier livre, l’objectif est de ne pas fabriquer un chien dépendant de nos rituels, mais de construire avec lui un environnement dans lequel il peut développer de la confiance, de l’anticipation et de la souplesse.