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Entre la race et la lignée : faisons la part des choses

Le constat de départ 

Parfois des familles désemparées me contactent pour prendre en charge l’éducation ou la rééducation de leur Berger malinois ou hollandais, Cane corso ou Berger allemand de six, sept ou huit mois présentant déjà des comportements d’agressions proactives. Le chien se retrouve dans une famille n’ayant aucune connaissance cynotechnique. Elles l’ont adopté pour protéger la maison et son foyer. 

Si ces personnes naïves ont pu acheter un tel chien, c’est qu’un éleveur leur a vendu. Dans l’ignorance la plus totale, elles ont alors adopté un chiot issu d’une lignée génétique très particulière. Ce chien, au grand potentiel de dangerosité (et je parle ici de potentiel), se retrouve alors entre les mains de personnes inexpérimentées élevant des enfants.

La « proactivité » signifie que le chien se montre offensif sans que personne ne lui ait appris à se comporter de cette manière. C’est inné. Il se révèle prêt à agresser de façon autonome. Précisons que placé dans un milieu expérimenté qui lui donnera les missions en adéquation avec sa génétique très sélectionnée, ce chien « potentiellement » dangereux ne posera aucun problème. Il accomplira même des prouesses héroïques. Les proactifs sont souvent des chiens courageux et inépuisables. Leur besoin d’activité est ingérable pour des personnes lambda. Malheureusement ces chiens, nous les retrouvons aujourd’hui dans des familles totalement novices n’ayant aucune conscience de cet état de fait. Elles sont souvent convaincues qu’une bonne éducation transformera leur chien de défense en bon chien de famille. Elles croient vraiment que ce chien saura attaquer les cambrioleurs mais aussi partir en vacances avec eux au camping. 

Quand je demande à ces personnes pourquoi elles ont attendu les 7 ou 8 mois du chien pour contacter un éducateur, elles me répondent que l’éleveur leur a déconseillé l’éducation précoce au motif qu’elle “casse le caractère du chien”. 

Pourquoi démarrer l’éducation avant la puberté ? 

Le vendeur qui cède ce type de chien sait que l’éducateur comportementaliste dispose d’une petite fenêtre – de  courte durée mais réelle – pour tenter d’apprendre de nouveaux comportements à ce chiot de 3 mois. Il aura parfois la possibilité, si le chiot lui est présenté bien avant la phase pubertaire, de contrer la génétique avant qu’elle ne se déclare. C’est le travail en épigénétique. Mais comme cet éleveur sélectionne ses chiens sur des critères de proactivité, la dernière chose qu’il souhaite c’est que l’on altère sa sélection. 

L’âge pubertaire est un âge difficile pour tous les mammifères. C’est dans cette phase sensible que l’individu, quelque soit son espèce, se retrouve tributaire de sa génétique. Elle s’installe peu à peu, jusqu’à prendre toute la place et s’imposer à lui. Le chien ressemblera alors de plus en plus à ses parents et se montrera fidèle à sa lignée. Selon les races, l’adolescence canine démarre à cinq ou six mois et s’étend jusqu’aux dix-huit voire vingt-quatre mois et même trente-six mois pour les races géantes et les molossoïdes. Mais je me souviens de cet adorable Cane Corso d’à peine quatre mois qui m’agressa dans son couloir une fois le dos tourné. Le jeune âge, le poids léger et la maladresse n’ont abouti qu’à déchirer ma parka. La scène prêterait presqu’à rire tant elle est incongrue. Personne ne s’attend à être attaqué dans le dos par un chiot de quatre mois. Mais qu’adviendra t-il dans six mois quand il pèsera trente kilos ? Quelles seront les conséquences d’un tel comportement quand il en pèsera quarante ? 

Démarrer l’éducation du chien avant sa puberté, c’est avoir une petite chance d’améliorer ses comportements. L’épigénétique peut parfois modifier de manière transmissible la génétique du chien. Mais elle reste limitée et ne fera jamais de miracle. L’éducation exigera un travail quotidien assidu et régulier. L’éducateur n’est pas omnipotent et les familles se montrent rarement prêtes à s’investir autant. Malheureusement, c’est souvent à la SPA que l’on retrouve ces chiens. En ce qui concerne notre petit Cane Corso proactif, un replacement chez l’éleveur a pu être négocié. 

Distinguer « la race » et « la lignée »

La génétique d’un chien diffère largement d’un individu à un autre et ceci même si les deux individus sont de race identique. Ainsi, deux Bergers malinois de race pure, nés de parents différents, pourront présenter des comportements totalement opposés à l’âge adulte. À six semaines, les deux chiots ont l’air de se ressembler. En grandissant, on observe que le premier se montre docile et amical. Plutôt calme et doux, il se sent très à l’aise dans les milieux humains. C’est un chien que l’on qualifiera d’adaptable et de facile à vivre, même s’il a besoin d’être beaucoup baladé. 

Plus les jours passent, plus notre deuxième petit Malinois se montre agité. On dira de lui qu’il ne tient pas en place ou bien qu’il n’est jamais tranquille. On constate qu’il passe beaucoup de temps à contrôler les allers-venues. Il aboie et à tendance à s’élancer en bout de laisse sur les inconnus. Un jour, il mord une personne qui passait trop près de lui. Sa famille me dira qu’il n’était pas comme ça. Elles veulent s’entendre dire que quelque chose s’est produit qui aurait changé leur chien. Mais la réalité est toute autre. Le premier Malinois est issu d’une lignée de chiens vivant dans des familles. L’éleveur a sélectionné les parents (et leurs parents avant eux) sur leurs aptitudes sociales, leur adaptabilité, leur calme. Il fait naître les portées dans la maison afin que les petits soient précocement stimulés, désensibilisés aux bruits ambiants d’un foyer qui vit. Le second chiot est issu d’une lignée de travail à la défense. Sa place n’est pas dans un foyer humain. 

Il est important de comprendre la différence entre « race » et « lignée ». Aucune race de chien n’est dangereuse. Mais certaines lignées le sont potentiellement. Aucune race n’aime les enfants mais certaines lignées présentent de grandes aptitudes pour vivre avec eux. Avant d’adopter, renseignez-vous toujours sur l’élevage et surtout sur ses critères de sélection génétique. Tous les éleveurs ne sont pas des irresponsables. Certains n’hésiteront pas à refuser l’adoption s’ils estiment que la famille n’est pas adaptée à son chien. Mais il est aussi de notre responsabilité en tant que futur adoptant de prendre le temps de nous informer afin de poser les bonnes questions. 

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(mensuelle)

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