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Le rappel parfait stoppe la prédation… et le Père Noël existe…

En général, rejeter la faute sur les autres, les particuliers, les professionnels, les chiens… ne nous amène pas à grand chose… Surtout si c’est pour les culpabiliser en racontant n’importe quoi. Dans cette dynamique plombante, il y a une phrase que j’ai vraiment de plus en plus de mal à entendre :

« Si ton chien est prédateur, c’est que tu n’as pas assez travaillé ton rappel ».

« Moi, mon chien est prédateur, mais si je le rappelle, il revient immédiatement ».

Pour la énième fois, ce n’est pas vrai.

Si un chien prédateur revient au rappel alors qu’il a déclenché, c’est que sa motivation pour la chasse est somme toute assez légère, sûrement très occasionnelle, une sorte de passe-temps dans lequel il n’est pas très bon, et où il s’est probablement démotivé lui-même à force de rater. C’est le chien qui court après le lapin qui lui passe sous le nez, mais qui revient presque de lui-même quand le lapin s’éloigne. On jurerait l’entendre dire « de toutes façons, c’est mort, j’ai aucune chance. » Mais surtout, encore une fois, cela nous place face à une réalité : le patron-moteur génétique de prédation n’est pas envahissant chez ce chien-là. Cela veut tout simplement dire que sa prédation reste tout à fait gérable, et qu’en fait, on ne peut pas vraiment parler de prédation, mais d’un comportement de poursuite ou de réaction à la fuite, plutôt normal chez un chien.

Tous ceux qui croient, ou qui racontent, que le sacro-saint « rappel parfait » (qui, soit-dit-en-passant n’existe pas), peut stopper un prédateur, se fourvoient totalement sur ce qui meut un chien prédateur, ou font preuve d’une incroyable mauvaise foi. Et cette mauvaise foi qui gâche la vie des gens, donne vraiment envie de répondre que le jour où ils auront à gérer un indécrottable prédateur, c’est-à-dire, un chien qui, dès qu’il met la truffe dehors, n’a qu’une idée en tête, chercher la piste d’une proie, trouver la piste d’une proie, la remonter, attraper la proie, la tuer, et parfois la manger sur place, se trouveront bien démunis.

Le pire que j’ai pu lire : « Si un chien est très prédateur, il faut aller étudier la relation avec son humain, car il y a inévitablement un problème entre eux ».

Non.

S’il est vrai que la prédation se gère mieux si le chien et son humain s’entendent bien, il est faux de croire qu’un chien devient prédateur parce qu’il ne s’entend pas avec son humain.

Je ne vais pas revenir sur l’explication scientifique et éthologique de la prédation. J’en parle longuement dans « Le chien, cet animal qui nous échappe ». Si vous l’avez lu, vous savez que j’ai moi-même à gérer au quotidien une chienne prédatrice au sens éthologique du terme. Elle l’a toujours été. Elle ne l’est pas devenue à cause de moi, ou à cause des balles, ou parce que nous venions de nous disputer. Elle est née avec une génétique de prédation importante, présente dans sa lignée. Je n’y peux rien, et elle non plus.

Alors, déclarer à une dame qui passe quotidiennement ses balades à gérer la prédation de son akita, à trouver le juste milieu entre la liberté et la longe, à anticiper, à réorienter, à tout faire pour concurrencer l’environnement, etc… qu’elle est responsable parce qu’elle n’a pas assez entraîné son chien au rappel quand il était plus jeune, c’est comme culpabiliser la personne qui encadre comme elle peut son border collie réactif au mouvement, en lui racontant que « tout est une question d’obéissance » (dixit la personne qui possède un border collie qui n’a plus d’instinct grégaire). C’est vraiment ignorer le pouvoir orgasmique que la chasse exerce sur nos chiens. 

Alors le rappel…

Si un simple rappel suffit à faire renoncer votre chien lancé sur une proie, c’est que cette proie n’a pas grande valeur à ses yeux et qu’il ne s’agit pas de prédation. Si votre rappel évite à votre chien la perte totale de conscience de l’environnement direct, des règles, l’oubli de votre présence, la dilatation de sa pupille, c’est que votre chien n’est pas très motivé et surtout, que l’activité n’est pas inscrite dans son ADN, et tant mieux pour vous.

Mais s’il vous plaît, ne racontez pas que tout cela est une question de rappel.

À l’inverse, si votre chien vous échappe, s’il vous semble qu’il n’entend plus rien et ne voit plus rien, qu’il pourrait passer sous les roues d’une voiture ou faire chuter des humains sur son passage, comme un chien dans un jeu de quilles, vous avez raison d’être convaincu que le rappel ne suffira jamais. C’est le cas.

Ne vous laissez pas culpabiliser.

Ne laissez pas les gens responsabiliser votre éducateur, et le faire passer pour un incompétent incapable d’entraîner au rappel.

LA PRÉDATION SE GÈRE.
ON VIT AVEC ELLE.
ELLE NE S’INTERROMPT PAS AVEC UN ORDRE.

(Même si ce serait pratique).

Quelques conseils utiles et précisions nécessaires :

  • Cet article n’est pas un prétexte pour ne pas travailler le rappel du tout en se disant « de toutes façons, ça ne marchera pas » 😉 Il faut juste se rappeler que le chien est vivant, que pour le chien prédateur, la prédation est la cerise sur le gâteau de la vie, et donc votre rappel ne pourra pas avoir l’effet d’une télécommande sur un animal en transe de chasse. N’oublions pas que la prédation compte parmi les comportements en mode « hyper ». Entendez « action », « moteur », « proaction », etc. S’il suffisait d’un rappel pour arrêter le comportement démarré dans ce mode-là, ça se saurait. Mais en dehors de ça, le rappel automatique ou vocal reste absolument nécessaire.
  • Cet article n’est pas non plus un blanc-seing pour laisser votre chien chasser tout ce qu’il veut, en se disant « la prédation, c’est naturel ». Même si la prédation est génétique, instinctive et naturelle, votre chien reste un animal domestique. Par conséquent, il n’est pas pensable et respectueux de le laisser déranger, chasser et tuer la faune sauvage environnante.
  • Ne laissez pas votre chien se renforcer dans la prédation. Ce n’est dans l’intérêt de personne.
  • C’est dans la prévention et l’anticipation que réside une partie du salut. Observez votre chien, rattachez-le ou détournez-le (bref, déconcentrez-le) dès les premiers signes que la prédation s’empare de lui : immobilité soudaine, posture tendue de la pointe des oreilles à la pointe de la queue, antérieur relevé, posture abaissée, démarche très ralentie, et ensuite, bien souvent, c’est déjà trop tard, ;-).
  • Pour détourner et réorienter votre chien efficacement et sainement, assurez-vous toujours que ses besoins primordiaux personnels sont satisfaits correctement (càd. en lien avec sa génétique, sans sur-stimulation, de manière encadrée, avec un on-off…). Si vous avez des doutes, contactez un coach en comportement qui pourra s’en assurer avec vous.
  • Optez systématiquement pour une longe de 10 ou 20 mètres dans les lieux où vous savez que le gibier pullule. Attention, une longe se gère, sinon elle devient dangereuse. Parlez-en à votre éducateur.
  • Si vous avez le choix, emmenez votre chien ailleurs, là où il pourra être libéré, là où vous savez que le gibier est rare, voire inexistant.
  • Quel est le patron-moteur de prédation le plus envahissant chez votre chien ? La recherche ? La poursuite ? La capture ? C’est avec cette même génétique que vous devrez le réorienter, sinon vous donnez du pain à quelqu’un qui a soif. Ce patron-moteur problématique chez votre chien est en même temps la solution. C’est lui qui vous aidera à lui apprendre à vous écouter davantage. Vous pourrez le conditionner dans une activité alternative à très haut niveau de motivation, sans pour autant le rendre addict, car vous observerez toujours un excellent on-off.
  • Faites partie de l’aventure ! Intéressez-vous à ce que fait votre chien, à ce qu’il renifle, proposez-lui de le vivre avec vous. Soyez un moteur plutôt qu’un empêcheur de tourner en rond 😉 Ainsi, vous le détournerez naturellement de l’environnement direct, et c’est dans votre intérêt.
  • Si votre chien déclenche (car ça arrivera), gardez-le chez vous entre 48 à 72 heures, au calme, et surtout ne repassez pas au même endroit quand vous ressortirez. Compensez avec beaucoup de mastication, et du léchage. C’est un conseil essentiel qui ralentit le renforcement.
  • Proposez à votre chien une activité de mantrailing ou de détection en parallèle de vos balades. Elle nourrira ses patrons-moteurs de recherche dans une activité encadrée avec vous, ce qui améliore le on-off et la communication homme-chien.

Bref, acceptez, vivez et travaillez avec la prédation, car elle ne se départit pas de votre chien.

NB : J’anticipe la question « dans ce cas comment font les chasseurs? ».

Pour comprendre, il faut tenir compte de deux réalités : le chien de lignée de travail à la chasse, qui travaille pour le chasseur. Il ne chasse pas, c’est le chasseur qui chasse (et fait la mise à mort). Il est aidé dans cette activité par un chien qui travaille, son auxiliaire (piste, lève, rapporte, harcèle, etc. mais ne fait pas la mise à mort). L’autre réalité, c’est celle du chien prédateur, qui chasse pour lui-même, en toute indépendance, jusqu’à manger la proie sur place. Lui, le chasseur, le travail pour le chasseur… il s’en moque, et ce serait un très mauvais auxiliaire de chasse d’ailleurs 😉  Des centaines de chiens de chasse, lignée de travail à la chasse, ne sont pas prédateurs et ne sont pas concernés par cet article. Ils pistent, ou lèvent, ou rapportent la proie tuée par le chasseur. La prédation au sens éthologique du terme, c’est l’expression de la séquence entière. Le travail à la chasse, c’est l’expression d’un ou deux patrons-moteurs sélectionnés artificiellement par le chasseur pour lui-même.

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(mensuelle)

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