Texte écrit en réaction aux consternants chiffres d’abandon publiés par la SPA pour cet été 2026.
Si ton chien parlait de toi, il ne raconterait pas à quel point ta maison est jolie, propre et bien rangée. Il ne dirait pas non plus que tu es une personne populaire, qui a réussi sa vie. Jamais il ne relèverait que tu es quelqu’un de talentueux, brillant, ou agréable à regarder.
Il dirait sans doute, d’abord, que tu es la personne qui est toujours là, et que même quand tu t’en vas, tu reviens à chaque fois.
Même si tu ne te souviens pas du nombre de balades que tu lui as offertes, lui pourrait parler de chacune, de leur importance, de ce qu’elles ont de singulier, parce qu’à ses yeux, aucune ne ressemble vraiment à une autre. Et c’est en partie parce que toi non plus, tu n’es jamais identique.
Il le sait. C’est imperceptible mais il le voit.
Il raconterait aussi qu’il connaît tes humeurs, leurs variations impalpables pour tous sauf pour lui, mais parfois fracassantes. Il sait très bien qui tu es lorsque tu vas bien, et qui tu deviens lorsque tu vas moins bien. Il est l’être qui te connaît le mieux.
Il t’aime malgré tout.
Il pourrait même révéler que tu as parfois un sale caractère et qu’il lui suffit d’entendre le premier mot sortir de ta bouche pour comprendre qu’aujourd’hui, tu aurais mieux fait de rester au lit.
Il préciserait pourtant que tu es une personne pleine d’amour parce que grâce à toi, il a une place, un rôle à jouer et tout ce qu’il lui faut pour se sentir bien. Mais surtout, il dirait que tu lui as offert d’entrer dans la vie d’une, deux, trois ou quatre personnes… ta famille qui est finalement devenue la sienne.
Il ne parlerait pas de ta belle voiture, de ton grand jardin, de son beau couchage ou de la taille de ta maison. Il dirait que ce sentiment d’appartenance qu’il a grâce à toi vaut tout l’or du monde.
Il raconterait aussi que dans une salle remplie de centaines de personnes, il te rejoindrait spontanément, les yeux fermés, même si tu étais méconnaissable. Même si, soudain, tu n’avais plus rien de ce qui attire les autres : ni argent, ni statut, ni réussite, ni beauté.
Rien.
Pour lui, tu resterais pourtant la personne qu’il reconnaîtrait entre mille, celle vers laquelle il chercherait à aller. Il dirait de toi que tu es le centre de son monde et que, pour tout le reste, il se débrouille très bien avec son indifférence.
Enfin, il cafterait peut-être les choses étranges que tu fais quand tu te crois tranquille chez toi, parce que pour lui, tout cela n’a aucune importance. Mais il dirait assurément que tu ne réaliseras probablement jamais à quel point tu comptes pour lui.
Toutes ces choses, si agréables à entendre parce qu’il les penserait sincèrement, sont précisément celles qui le détruiraient si tu décidais un jour de l’abandonner. Ton chien est profondément attaché à toi, à son foyer, à cette vie dont tu es l’un des repères essentiels.
En dernier lieu, s’il le pouvait, il te le rappellerait.
S’il ne le fait pas, ce n’est pas du tout parce qu’il n’a pas la parole. C’est tout simplement parce qu’il lui est impossible d’imaginer que tu pourrais un jour lui faire ça.