Dans la logique de beaucoup de gardiens et de vétérinaires, si un chien est agressif ou peureux (surtout s’il est jeune), il est nécessaire de « lui faire rencontrer plus de chiens » – pour reprendre la formule employée.
Nous avons donc des demandes de ce style : “Comme mon chien est peureux ou agressif avec les autres chiens, mon vétérinaire m’a dit de contacter un professionnel pour lui faire faire des rencontres.”
Déjà, la tournure n’est pas très heureuse puisqu’elle indique d’emblée que le chien concerné se retrouvera en position passive dans la démarche.
- Ce chien en a-t-il envie ?
- Est-il seulement prêt pour ça ?
- Pourquoi est-il peureux ou agressif ?
- Comment habite-t-il l’espace social ?
- Quelles sont ses stratégies d’adaptation sociale ?
- Les a-t-on respectées ?
- Quelle vision de la socialité canine la personne qui a le chien sous sa garde a-t-elle ?
(Ex : un chien sociable aime tous les chiens, la sélectivité n’existe pas, il faut les laisser se débrouiller entre eux, les chiens jouent forcément, les affinités ou inimitiés n’existent pas, les rencontres en balade cultivent la socialité…).
Etc.
NON.
Un chien agressif ou peureux n’a pas besoin de rencontrer plus de chiens.
C’est comme affirmer qu’une personne mal à l’aise dans une foule devrait y être immergée régulièrement pour l’aimer, croire que si on a peur de l’eau, il suffit de nous pousser dedans, ou que si un enfant a peur du noir, il faut éteindre les lumières de sa chambre pour l’habituer.
Mettre un être émotif dans une situation difficile en croyant qu’il va progresser est une énorme erreur.
C’est le mettre en échec et cultiver son incapacité, jusqu’à l’ancrer définitivement parfois.
Les difficultés sociales d’un chien se règlent en comprenant les besoins de ce chien et en cultivant chez lui l’envie de communiquer. Pour cela, la connaissance de l’éthologie canine et de la proxémie* de ce chien n’est pas optionnelle.
Seules l’éthologie et la proxémie vont permettre au professionnel de terrain de construire des expériences capables d’être perçues par le chien en difficulté comme neutres ou positives. Avec l’encadrement et le suivi cohérent, il s’apaisera et pourra revivre ses balades sereinement.
Tout le reste, c’est du blabla.
Proxémie : Étude de la manière dont un chien perçoit les distances physiques entre lui et les autres lors des interactions sociales, selon le contexte et la relation, qui permet à ce chien de communiquer ou non.