C’est une croyance particulièrement tenace : un chien qui a suffisamment couru est un chien dont les besoins sont satisfaits.
Alors on court…On court avec le chien qui poursuit les vélos. On court avec celui qui veut contrôler le mouvement au sol. On court avec celui qui creuse. On court avec celui qui aboie. On court avec celui qui rapporte tout ce qu’il trouve.
Et lorsque le comportement gênant persiste, on se dit parfois qu’il faut simplement… courir plus. Or, la fatigue physique et la satisfaction des besoins ne sont pas synonymes. Un chien peut être physiquement épuisé et conserver exactement la même motivation à poursuivre, creuser, aboyer, chasser, surveiller… parce qu’on ne répond pas à un besoin en faisant autre chose à sa place.
Prendre le problème à l’envers
Imaginons un chien de berger qui passe son temps à vouloir poursuivre le mouvement. On l’emmène courir 5 kilomètres et il revient fatigué. Mais le lendemain, il poursuit toujours les joggeurs.
Pourquoi ?
On a satisfait l’activité locomotrice sans donner la possibilité d’expression au comportement qui pose problème. C’est un peu comme si on proposait dix tours de piste à une personne qui ressent fortement le besoin de parler. Ce n’est pas complètement absurde, mais ce n’est pas du tout ce qu’elle demande. Pourtant, on continue de confondre dépense, occupation et besoin comportemental.
Le chien n’est pas une batterie à décharger
Cette conception du chien est étonnamment répandue.
- « Il est excité ? Fais-le courir. »
- « Il détruit ? Fais-le courir. »
- « Il aboie ? Fais-le courir. »
- « Il poursuit ? Fais-le courir. »
- « Il est difficile à la maison ? Fais-le courir plus. »
Et quand des personnes s’apprêtent à acheter un petit d’une race connue pour ses exigences, la réponse est souvent “ça ira, je vais courir avec lui”.
Comme si tous les comportements indésirables étaient la conséquence d’un trop-plein d’énergie qu’il faudrait vider.
Certains sont motivés par des systèmes comportementaux profondément ancrés, issus notamment de l’histoire de sélection du chien. C’est particulièrement évident chez les chiens dont certaines aptitudes ont été sélectionnées pendant des générations.
La race donne une tendance, le chien est un individu
- Un terrier peut avoir une forte motivation à protéger, poursuivre, mordre ou aboyer.
- Un chien de berger peut présenter une remarquable sensibilité aux mouvements et une forte motivation à les conduire.
- Un chien de chasse peut avoir une motivation olfactive extrêmement importante, qu’il s’agisse de rechercher une odeur au sol ou de travailler dans les émanations portées par le vent.
- Etc.
Mais attention, la race n’est quand même pas une notice d’utilisation.
Deux chiens appartenant à la même race peuvent exprimer des motivations très différentes.
Un chien de chasse peut être passionné par le fait de creuser. Un chien de berger peut ne rien poursuivre et vouloir rapporter. Un retriever peut se désintéresser totalement du ramassage.
La génétique influence le comportement mais elle ne l’écrit pas entièrement. C’est précisément pour cela qu’il faut observer le chien que l’on a devant soi, plutôt que d’appliquer mécaniquement le catalogue de sa race.
Et le running ?
Le bon exercice n’est pas celui qui fatigue le plus.
La question n’est pas : « Comment vais-je le fatiguer ? » mais « De quoi mon chien a-t-il réellement besoin ? »
Ce changement de question modifie considérablement la manière dont on l’accompagnera. Courir avec son chien n’est pas une mauvaise chose en soi, selon les individus… Certains chiens aiment courir, d’autres ont été sélectionnés pour des activités exigeant de grandes capacités locomotrices et une importante endurance. Pour eux, la course peut parfaitement constituer une activité intéressante, à condition qu’elle soit adaptée à l’âge, la morphologie, les conditions physiques, l’entraînement et la santé.
Mais il faut cesser d’en faire une réponse universelle et arrêter de confondre « le chien qui aime courir » avec « le chien que l’on fait courir ».
La fatigue peut même nous tromper
Un chien qui revient d’une activité intense peut sembler beaucoup plus calme car il vient de fournir un effort important. Mais cela ne signifie pas que la motivation à l’origine du comportement problématique a disparu.
Et attention, plus l’animal est entraîné physiquement, plus sa capacité à soutenir l’effort peut évoluer. On peut donc parfois se retrouver dans une situation paradoxale : on entraîne un chien à devenir plus performant dans une activité physique que l’on utilisait au départ pour le calmer.
C’est discutable quand toute la vie du chien devient organisée autour de l’idée qu’il faut constamment le « décharger ». C’est un cercle vicieux particulièrement nocif.
En comportement, la bonne question n’est pas “Comment fatiguer ?”
Notre travail est de comprendre ce dont notre chien a besoin. Entre dépenser un chien et répondre à ses besoins, il y a tout un monde. La vidéo-conférence « Leçon sur les patrons-moteurs : comment les satisfaire sainement ? » est à votre disposition pour identifier précisément les besoins génétiques de votre chien et apprendre à les encadrer toute sa vie de manière autonome.