« Depuis que je suis malade, mon chien ne va pas bien non plus. Il semble triste, mange moins, dort beaucoup plus… Peut-il se rendre malade parce qu’il sait que je le suis ? ».
C’est une question que beaucoup se posent… Assez facilement, on affirme que « quiconque partage la vie d’un chien sait qu’il peut prendre la maladie de son gardien ».
Cependant, la prudence est de mise pour ne pas romantiser trop vite la relation humain-chien.
Si les études ne permettent pas d’affirmer qu’un chien peut développer une maladie par compassion pour son humain, elles montrent que son état émotionnel peut être étroitement lié à celui de la personne avec laquelle il partage sa vie.
Ce n’est pas du tout la même chose.
Le chien est-il affecté par l’état de son humain ?
Oui, des études scientifiques montrent que les chiens sont sensibles aux émotions humaines et peuvent adapter leur comportement en fonction de celles-ci.
En 2019, des chercheurs ont étudié 58 binômes humains-chiens et mesuré le taux de cortisol présent dans leurs cheveux, un indicateur du stress à plus long terme. Ils ont constaté une synchronisation des niveaux de stress entre les gardiens et leur chien. Autrement dit, le niveau de stress de l’humain semble contribuer au niveau de stress chez son chien.
En 2024, une autre étude a montré que les chiens réagissaient différemment selon que leur humain éprouvait une émotion authentique de tristesse ou de joie.
Une autre étude de la même année a enfin trouvé que les variations de fréquence cardiaque du gardien pouvaient prédire celles de son chien dans une situation nouvelle et potentiellement stressante. Les auteurs évoquent notamment la contagion émotionnelle.
Ces résultats suggèrent que le chien ne se contente pas de percevoir nos émotions, il peut aussi en être affecté.
Mais est-ce de la compassion pour autant ?
C’est ici qu’il faut être prudent car d’abord, la compassion qu’est-ce que c’est ?
La contagion émotionnelle (l’un des principaux processus de l’empathie) désigne un phénomène par lequel la perception de l’état d’un autre individu influence notre propre état émotionnel.
Elle ne suppose pas nécessairement que nous comprenions ce que l’autre ressent, ni que nous éprouvions de la compassion pour lui.
Autre nuance importante : percevoir la détresse de quelqu’un, être affecté par elle et chercher à entrer en interaction avec cette personne ne signifie pas « comprendre mentalement ce qu’elle ressent ». Si vous voyez quelqu’un pleurer dans le bus et que vous avez subitement envie de pleurer aussi et d’aller voir cette personne, vous ne comprenez pas pour autant ce qu’elle vit.
L’empathie, quant à elle, recouvre tous les processus (perception émotionnelle, contagion émotionnelle, capacité à différencier son propre état de celui de l’autre, à se représenter ce que l’autre peut ressentir ou vivre à partir de son point de vue, et enfin la motivation à soulager sa souffrance).
La capacité des chiens à percevoir nos émotions et à être affecté par elles est connue, mais la nature exacte de leur expérience subjective reste encore trop difficile à établir scientifiquement. Un chien qui semble triste lorsque son humain souffre physiquement ou moralement peut donc être affecté par ce qu’il perçoit, sans que nous puissions affirmer qu’il éprouve de la compassion.
Peut-il quand même tomber malade à son tour ?
Un état de stress prolongé peut avoir des conséquences physiologiques et affecter le bien-être d’un chien.
Si la maladie de son humain s’accompagne d’une détresse physique et/ou émotionnelle, d’une modification des routines, d’une diminution des sorties ou d’un changement dans la nature des interactions, le chien peut en être fortement perturbé.
Mais attention de ne pas confondre : les études sur la synchronisation du stress ne démontrent pas que les chiens développent des maladies parce que leur humain est malade.
Le chien peut être sensible à ce que traverse son humain. Son environnement relationnel, ses habitudes et les états émotionnels auxquels il est exposé participent à son expérience du monde.
En revanche, nous ne disposons pas de preuves scientifiques suffisantes pour affirmer qu’il peut se rendre malade par compassion ou développer la maladie de son humain en raison d’un lien émotionnel qui existerait entre eux.
N’est-ce pas une bonne nouvelle ?
Reconnaître la sensibilité du chien ne nécessite pas de lui prêter des intentions ou des mécanismes que nous ne savons pas démontrer.
Cela nous invite plutôt à considérer son vécu, à observer les changements dans son comportement et à prendre soin de lui sans interpréter systématiquement ses symptômes à travers notre propre histoire.
Laissons-lui ça.
Comprendre ce que le chien perçoit est une chose. Savoir exactement ce qu’il ressent en est une autre. C’est exactement la même chose pour le chien vis-à-vis de nous.
C’est toute la nuance entre perception, contagion émotionnelle, stress, somatisation éventuelle et développement d’une maladie par compassion.
Pour finir, citons Frans De Waal qui considère que les animaux peuvent manifester certaines formes d’empathie, même s’ils ne disposent pas tous des mêmes capacités cognitives. Son travail rend plausible l’idée qu’un chien puisse être affecté par la souffrance de son gardien. Mais il ne permet pas d’affirmer que le chien développe une maladie par compassion. La contagion émotionnelle, la préoccupation pour autrui et la maladie physique restent des phénomènes distincts.
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SOURCES
Preston & de Waal (2002), Empathy: Its ultimate and proximate bases
Sundman et al. (2019) — Long-term stress levels are synchronized in dogs and their owners, Scientific Reports.
Étude sur la synchronisation du stress à long terme chez 58 binômes humain-chien.
Bräuer et al. (2024) — Dogs distinguish authentic human emotions without being empathic, Animal Cognition.
Byrne et Arnott (2024) — Empathy or Apathy ? Investigating the influence of owner stress on canine stress in a novel environment, Applied Animal Behaviour Science.
Bräuer et al. (2024). Dogs distinguish authentic human emotions without being empathic.
Étude qui distingue la reconnaissance des émotions de l’empathie.