Je resterai toujours perplexe d’entendre ou de lire qu’il est aversif et brutal de dire « non » à son chien, quand je vois dans le même temps que le conseil est donné d’ignorer ses comportements inacceptables pour plutôt le conditionner, via des récompenses alimentaires, à agir comme bon nous semble.
Conditionner, façonner, modeler un être sensible comme s’il n’était qu’un simple automate serait donc la voie bienveillante à suivre, mais lui opposer des limites claires avec un mot qui fait partie de notre vocabulaire et de notre culture relationnelle serait néfaste ?
Quand ma fille avait 4 ans, je l’ai observée dire « non » à Scarlet de manière spontanée et non violente. Elle dessinait sur la table basse et notre chienne essayait de lui prendre un feutre. Naturellement, ma fille a dit « non » en la regardant. Fort logiquement, Scarlet s’est arrêtée. Le « non » de ma fille de 4 ans était ferme mais sans colère. Il était limpide car assumé. Qu’aurait pensé ma fille de 4 ans si je lui avais dit « tu ne dois pas dire lui non parce que c’est violent ? ». Aurait-elle trouvé ça logique ? Se serait-elle sentie comprise et respectée ? Aurait-elle développé la même relation avec notre chienne ?
Pourtant aujourd’hui, on enseigne aux adultes à ne plus l’employer avec leur propre chien.
QUEL EST LE RÉSULTAT ?
Il est inquiétant.
Je rencontre de plus en plus de chiens désorientés, et des humains tout aussi perdus à force de s’entendre répéter qu’ils sont maltraitants simplement parce qu’ils disent « non ». Pourtant, un chien est parfaitement capable de comprendre cette indication lorsqu’elle est juste, cohérente et reliée au contexte.
Dire « non », c’est transmettre une information, signaler une limite, mais c’est aussi protéger une relation. Il est vrai que le chien a parfois besoin de savoir « quoi faire » et que lui indiquer peut être important au lieu de toujours vouloir l’empêcher. Mais cela ne signifie pas qu’on n’a pas le droit de lui dire de « ne pas faire » avec un « non ».
Se forcer à ne plus employer ce mot conduit les gardiens à ne plus savoir comment réagir face à des comportements réellement problématiques. Certains finissent par tolérer des conduites dangereuses ou inacceptables par peur de mal faire ou d’être jugé.
Or, accompagner un chien, c’est aussi lui apprendre le cadre dans lequel il aura à évoluer. Et qu’on le veuille ou non, le cadre relationnel respectueux passe par le fait de dire « non » parfois. Et c’est valable pour le chien comme pour l’enfant.
LE FOND ET LA FORME
Il est possible de dire « non » sans crier.
Il est possible de dire « non » sans colère.
Il est possible de dire « non » avec calme et cohérence.
Il est possible de dire « non » de manière juste et justifiée. Et surtout, un « non » opposé n’a de sens que si en parallèle existe souvent des « oui » encourageants.
En somme, le chien a besoin de saisir ce qui est interdit, pas seulement de comprendre ce qui est attendu de lui. Il en va de sa sécurité et de son intelligence sociale en général. Lui montrer la bonne direction, valoriser ses efforts, reconnaître ses progrès, tout cela participe à construire sa confiance et son équilibre. Mais lui permettre aussi de rencontrer des limites claires reste essentiel.
UNE RELATION ÉQUILIBRÉE SE CONSTRUIT À DEUX
La limite saine est le coeur battant de toute relation équilibrée. Quand nous supprimons un mot de notre vocabulaire nous en supprimons aussi l’idée. Et il n’est pas possible de vivre une relation décente et équilibrée sans dire « non ». Le « non » est sain, salutaire et nécessaire, autant que le « oui », même avec le chien.
Dans la nature comme dans la vie sociale, les repères existent. Ils rassurent, structurent et facilitent la cohabitation. Une limite juste n’est pas une violence : c’est une guidance. Dire « non » c’est assumer son rôle de référent et offrir à son chien un cadre lisible dans lequel il pourra évoluer sereinement.
On oublie un peu trop souvent que le « non » enseigne progressivement à maîtriser ses impulsions (apprendre à se retenir). La vie sociale n’en sera que plus riche. Le « non » n’est pas l’ennemi du respect. À bien des titres, il en est souvent le premier apprentissage. L’enfant l’utilise spontanément avec le chien et ce dernier le comprend. Les deux sont des êtres sociaux, et le refus, fut-il exprimé par un « non » d’enfant, est souvent mieux accueilli par le chien que nos commandes d’adulte.