Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Le secouement chez le chien, pour éviter de voir le stress partout…

C’est un comportement bien identifié visuellement. Tout le monde a déjà vu un chien se secouer. Mais le secouement est assez peu questionné, et surtout il est souvent incompris. On lit toujours qu’il correspond à « du stress », ce qui s’avère incomplet et ne veut pas dire grand chose puisque le stress, bon ou mauvais, fait partie de la vie. Le secouement est polyfonctionnel. Il n’est pas rattaché à une émotion particulière. Il apparaît dans des contextes neutres, positifs et aversif.  Son interprétation dépend donc fortement du contexte. 

Le marqueur d’une transition (comportementale)

Le secouement sert de transition comportementale au chien. C’est l’hypothèse la mieux soutenue empiriquement. Une étude observationnelle sur 96 chiens a mis en évidence sur 120 épisodes que le secouement apparaît le plus souvent entre deux activités différentes. Par exemple, le chien joue avec une balle, s’arrête, se secoue, explore le sol. Je donne cette séquence à titre d’illustration car quiconque vit avec un chien l’a déjà observée des centaines de fois. Ici, le secouement agit comme une sorte de “reset” entre deux états bien distincts. Ce n’est pas émotionnel, c’est structurel dans une séquence comportementale. 

Une activité de déplacement

En éthologie, une activité de déplacement apparaît quand un animal est en proie à un conflit motivationnel, une ambiguïté, une hésitation… Le secouement peut alors survenir au même titre que d’autres comportements comme le bâillement ou le grattage. Par exemple, le chien se secoue face à un homme inconnu qui lui parle dans un autre langue ou face à l’éducateur.ice qu’il connaît bien et qui lui demande de choisir entre deux options lors d’un exercice cognitif. La situation est ambiguë : le chien se secoue. Il peut aussi le faire si une interaction est trop intense (rencontre avec un chien agité ou un.e humain.e envahissante). Le secouement permet d’évacuer une activation interne sans agir directement sur la situation. Ce n’est pas forcément du stress négatif (mais ça peut l’être). En tous cas, c’est toujours un trop-plein d’activation.  

Une régulation rapide de l’état interne (physiologique)

Des hypothèses de recherche suggèrent que le secouement pourrait bien aider le chien à réinitialiser l’activation physiologique (tension musculaire et système nerveux). C’est une sorte de “décharge neurophysiologique”, pas émotionnelle. C’est l’idée de la « décharge » mais avec une base plus biologique, physiologique. Par exemple, à la fin d’une interaction de jeu (excitation, augmentation du rythme cardiaque), l’un des chiens se stoppe brusquement, se secoue de tout son corps et s’éloigne. Ici, le secouement lui permet de désactiver rapidement, de redistribuer le tonus musculaire et de vite faire redescendre son corps d’un pic d’activation. 

Une fonction de réorganisation du corps (sensorielle / corporelle)

Le secouement sert aussi à réajuster le pelage ou la posture après contact, manipulation, mouvement. Il permet au chien d’éliminer l’eau après la baignade (jusqu’à 70 %), les débris ou toutes substances qu’on lui aurait posée sur le poil. Le comportement n’est pas émotionnel, il est mécanique et sensoriel. Par exemple, après avoir mis son harnais à un chien, il se secoue. Son humain.e croit que la pose du harnais le stresse mais ici (et très souvent), le chien réajuste son poil et sa posture avec le harnais sur son dos. C’est un peu comme quand nous haussons plusieurs fois les épaules après avoir enfilé une veste. 

Une réponse à une irritation ou un inconfort (localisé ou pas)

Particulièrement pour le secouement de tête, il faut penser immédiatement à une infection auriculaire, une allergie ou à un corps étranger (épillet, saletés). Dans ce cas, ce n’est pas du tout un signal comportemental mais une réaction fonctionnelle à une gêne physique. Quand vous avez des fourmis dans la main, vous la secouez. C’est un peu la même chose.  

Un comportement de jeu (social)

Le secouement de tête est parfois observé dans le jeu entre chiens ou avec un.e humain.e de confiance. Il peut donc faire partie du répertoire moteur ludique (ou pas), pas seulement d’une régulation interne. Il peut être génétique. 

Le chien qui se secoue n’est pas forcément stressé. Dans le répertoire, aucun comportement n’a qu’une seule fonction ou signification. Ce serait comme si un chien affirmait “quand les poins des humains hérissent sur leurs bras c’est parce qu’ils ont peur”. C’est réducteur, et sans le contexte, il n’est pas possible de comprendre. 

Le vrai piège est toujours d’interpréter sans observer l’environnement et de sur-analyser chaque micro-signal. Observer un chien, c’est avant tout comprendre une séquence entière dans une situation donnée, pas un geste isolé sans contexte. 😉 

Adhésion à la newsletter

(mensuelle)

Abonnez-vous à la newsletter de Cynoconsult pour recevoir les articles du blog et les actualités en avant-première.

Nous ne spammons pas !

Laisser un commentaire

0