Chaque dimanche, je vous propose de décortiquer une forme d’agression canine pour mieux comprendre ce qui la déclenche, ce qu’elle raconte et surtout comment éviter de la provoquer.
Parce que plutôt que chercher à contrôler une réaction, il est souvent bien plus pertinent de savoir comment faire en sorte qu’elle ne survienne pas.
L’agression de protection des ressources
Le chien se trouve en compétition sur une ressource pour laquelle sa motivation est élevée : un bien auquel il tient beaucoup, sa gamelle, son jouet préféré, un ancrage territorial confortable, un privilège, une odeur, une chienne en chaleur, etc.).
L’agression peut être dirigée vers un autre chien ou vers un humain.
Cette agression sera souvent contrôlée lorsqu’elle est exprimée à l’intérieur d’un groupe social constitué. Ce n’est pas une raison pour ne pas repenser sérieusement l’environnement, son propre comportement et l’organisation du système. En effet les chiens ne se contrôleront pas indéfiniment. Gardons à l’esprit qu’un chien a toujours besoin d’être sécurisé dans ses conditions de vie, et que si les agressions de protection de ressource se suivent, elles ne se ressembleront pas longtemps.
En revanche, si les chiens d’un même foyer peuvent se contrôler dans leurs agressions de protection de ressource afin de maintenir la paix sociale (hors compétition sexuelle), ce ne sera pas le cas avec les chiens étrangers.
Ici, la compétition peut s’avérer dangereuse.
Pour que le comportement de protection de ressource ne survienne pas, il est recommandé de :
- Éviter de créer des situations compétitives : jeter des aliments au sol, envoyer une seule balle à deux chiens, ne pas proposer suffisamment de couchages…).
- Séparer les mâles pendant l’oestrus d’une femelle, ou replacer momentanément la femelle en oestrus chez une personne de référence et de confiance pour protéger sa sérénité et faire en sorte qu’elle ne laisse pas des odeurs partout dans le foyer multi-chiens.
- Assurer la sécurisation du chien afin qu’il ne ressente pas le besoin de protéger la ressource à laquelle il tient quelle qu’elle soit.
- Offrir de l’oxygène en permettant aux chiens d’accéder à des espaces et à des temps solitaires lors des repas, promenades ou repos.
- Enseigner aux enfants que le chien doit manger tranquillement, sans personne autour de lui pour lui parler, le toucher, approcher sa gamelle ou lui reprendre quoi que ce soit.
- Multiplier les ressources qui sont souvent insuffisantes lorsque des chiens vivent ensemble. L’humain sous-estime beaucoup les besoins d’espace et de solitude d’un chien. N’oublions jamais que l’espace solitaire est une ressource importante, un grand privilège pour lequel certains chiens seront prêts à en découdre.
- Penser à la différence fondamentale entre « égalité » et « équité ». L’équité est à promouvoir, mais le chien n’a que faire de l’égalité. Par exemple, un chien qui adore le tapis de léchage et ce qui se trouve dessus ne s’intéressera pas beaucoup à un cou de dinde, et pourra se satisfaire d’un seul tapis, alors que vous donnez deux cous de dinde à son voisin.
- Rester toujours dans l’échange et la confiance plutôt que dans la volonté de « reprendre sur ordre ». Le rapport de force doit absolument être évité. Le chien doit toujours nous percevoir comme une source de rassurance, d’enrichissement, de sécurité… jamais comme une cause de perte et d’appauvrissement. En ce sens, lui apporter quotidiennement « un petit aliment en plus » quand il mange sa gamelle est un bon moyen de gagner sa confiance (sur le plan alimentaire) et de lui montrer que vous êtes une personne qui donne et ne reprend pas, ou ne représente pas une gêne pendant les repas.